GAZETTE de LA-BAS

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Le puzzle de l’intégration par Malika Sorel

    posté le Lundi 8 décembre 2008 par jugurta

Le puzzle de l’intégration est un essai écrit par Malika Sorel. Cet ouvrage de 268 pages est paru en avril 2007. A quelques jours de noël 2008 peu de médias grand public ont parlé, à ma connaissance, de ce livre témoin de notre époque. Il était donc temps, 20 mois après, de mettre en lumière cet ouvrage. Un ouvrage important, nécessaire et remarquable.

Ce livre est important parce qu’il touche à un sujet qui déterminera l’avenir de notre pays : l’immigration et son corollaire l’intégration.

Cet essai est aussi nécessaire car il démontre que les questions soulevées par l’intégration n’ont pas une réponse unique. Comment une seule solution pourrait-elle répondre à un problème aux causes multiples ?

Cet ouvrage est enfin remarquable car il fait un constat impitoyable, sans langue de bois, d’une question aujourd’hui taboue : pourquoi les personnes d’origines étrangères ne se reconnaissent-elles plus dans la communauté nationale ?

Immigration, intégration, sujets tabous ?

Habituellement quand vous abordez ces sujets, l’ostracisme vous guète, derechef, si vous êtes blanc, riche, cultivé, hétérosexuel et catholique et que vous remettez en cause les discours à la mode sur le métissage. A contrario, si votre patronyme est celui d’un maghrébin cette critique des politiques d’intégration vous est plus aisée.

C’est ce que fait Malika Sorel. Son but ? Dépassionner ce débat pris en otage entre les extrémistes des deux bords. Les uns voyant dans l’immigré une victime perpétuelle, les autres le bouc émissaire responsable de tous les maux. Des extrémistes qui au lieu de s’attacher à l’individu se préoccupent de relier celui-ci à sa communauté d’origine.

Le puzzle de l’intégration commence par une mise au point sur la repentance et le sanglot de la nation France accusée de tous les crimes. L’auteur nous démontre simplement que l’on ne peut aimer une civilisation qui se déteste. Que si la France a commis des erreurs et des crimes, elle ne doit pas, pour autant, éviter de mettre en exergue ses réussites. La France c’est tout autant les anti-dreyfusard que les dreyfusards, Vichy que la Résistance, la colonisation que la décolonisation. Mais la France c’est avant tout la patrie des Droits de l’homme issue de 1789.

Contre la « discrimination positive »

Cette patrie où est née la République une et indivisible, celle qui ne reconnaît que des individus, est aujourd’hui en danger face aux assauts des tenants de « la discrimination positive ». Aussi, Malika Sorel s’emploie durant plus d’une centaine de pages à déconstruire ce concept importé des Etats-Unis. Un concept qui donne un passe droit à un individu du seul fait d’un hasard, sa naissance. Le « vouloir vivre ensemble » républicain avec « la discrimination positive » disparaîtrait laissant place à une société clivée où les individus se regrouperaient sur leurs origines ethniques.

On pourrait lui rétorquer que c’est déjà le cas. Aujourd’hui les primo-arrivants se retrouvent entre eux dans des zones laissées à l’abandon par les pouvoirs publics. Des sociétés se forment où un autre droit règne, où les forces de l’ordre n’ont plus droit de cité, où l’école républicaine ne peut plus assurer ses fonctions premières, élever des enfants, pour les faire se tenir debout, tout en leur transmettant un savoir.

Pour Mme Sorel, c’est donc dès le plus jeune âge que tout se joue. Si un enfant n’acquiert par les savoirs fondamentaux, s’il ne maîtrise pas la langue du pays d’accueil, il part de facto avec un lourd handicap. Et ce n’est pas en donnant un coup de pouce aux meilleurs des jeunes issus de ces quartiers que l’on va régler le problème. Pire, aller chercher les meilleurs, serait enlever l’unique chance pour les moins doués de prendre en exemple ces « lièvres » tirant vers l’avant le troupeau des médiocres.

Ici, j’énoncerai un désaccord. Les meilleurs sont souvent dans ces quartiers voués aux gémonies par le qualificatif de « bouffon ». Ils sont au contraire tirés, par la masse, vers le bas.

L’auteur s’attaque dans la foulée à la fin de la carte scolaire. Or dans les faits, toutes les familles, dès qu’elles le peuvent, évitent que leurs enfants suivent leur scolarité dans une ZEP où règne sexisme, racisme, misère intellectuelle et sociale.

La misère n’est pas une excuse à la violence

Certes, naître dans un quartier défavorisé c’est partir avec un handicap, mais Malika Sorel se méfie de l’explication sociale du déficit d’intégration. Tous les enfants pauvres ne deviennent pas violents. Tous les enfants pauvres ne souhaitent pas en découdre avec tout ce qui représente l’Etat. Malika Sorel fait ici un comparatif intéressant en prenant pour exemple sa propre jeunesse au Maghreb où la misère était bien plus prégnante qu’en France. Pourtant, elle et ses camarades n’ont pas sombré dans le nihilisme.

Comme l’explique l’auteur cela est lié également à notre société de consommation où l’immédiateté est reine. Le but étant d’accumuler rapidement de l’argent facile. Le goût de l’effort vers le savoir étant aujourd’hui désuet. D’autant plus si celui-ci n’apporte pas hic et nunc des liasses de billets sans visage. A choisir entre la lecture de livres et le « deal » de « zetla », le choix est vite fait. Le premier peut vous faire décrocher un diplôme, le second vous donnera accès à la BMW. Quel est le plus utile des deux pour frimer?

On peut ajouter que beaucoup de ceux issus de l’immigration, dont l’auteur de ces lignes, ont grandi dans une famille modeste, un quartier populaire, et ont réussi à s’insérer, voire à s’intégrer.

Insertion à une société, intégration à une communauté

Pour Malika Sorel s’insérer, c’est apprendre et accepter les codes de la société d’accueil. C’est avoir les armes pour trouver un travail, un toit et pouvoir élever ses enfants dans le respect des règles. C’est pourquoi les pouvoirs publics doivent être intransigeants sur les « incivilités », sur le fait d’enfreindre la loi. Punir sévèrement s’il le faut mais en dernier recours car la prison est devenue aussi un exemple pour une partie de notre jeunesse. Y entrer c’est être oint du statut de caïd que certains recherchent pour imposer leur loi dans le quartier.

Tout autre est l’intégration. S’intégrer, c’est s’inscrire dans la communauté d’accueil. C’est in fine se détacher de sa communauté d’origine. C’est, et surtout, un parcours individuel, donc un choix difficile qu’il faut assumer. Car il est nécessaire de prendre en compte que son devenir sera différent de celui de ses aïeux.

Ici, j’ai envie de demander à Malika Sorel si la différence qu’elle fait entre l’insertion et l’intégration, ne rejoint pas celle que d’autres font entre l’assimilation et l’intégration ? Pour ceux-ci la France a renoncé à assimiler (faire devenir le même) les nouvelles populations africaines, maghrébines, turques etc. C’est pourquoi, selon eux, elle se trouve dans une situation plus que difficile.

En attendant sa réponse, l’auteur du puzzle de l’intégration nous démontre que ce choix individuel vers l’intégration est entravé par plusieurs facteurs. En premier lieu, on l’a vu par la repentance et les associations anti-raciste, qui voulant bien faire ne font que renvoyer les personnes issues de l’immigration à leurs origines. Ensuite, par les familles immigrées qui souhaitent circonscrire leurs descendances dans leur communauté originelle, celle où l’individu est avant tout le membre d’un groupe et non une personne autonome. Mais c’est aussi et surtout pour Malika Sorel, par le droit du sol, que l’on entrave sans le vouloir, l’intégration de ces personnes.

Le droit du sol permet à toute personne née en France d’acquérir la nationalité française. Or pour l’auteur, celui-ci annihile dès la naissance la possibilité donnée à ces populations de réussir pleinement ne serait-ce que leur insertion. Pourquoi ? parce que des papiers ne font pas de vous automatiquement un français. Être français cela s’apprend. On le devient après un long processus de recherche de son identité, qui se fait par tâtonnement, acquisition de la langue, de la culture, des mœurs, d’un passé, d’une Histoire. C’est donc pour Malika Sorel, un droit inefficace. Au contraire il ne crée que frustration et n’engendre à terme que violence. Pour elle, acquérir la nationalité française est la fin du processus d’intégration pas son commencement. Elle préconise donc la fin du droit du sol, sans pour autant en revenir à celui du sang, contraire à la tradition française. Elle propose ce que l’on pourrait appeler ici un droit à un idéal, celui de la France républicaine.

On peut être d’origine italienne ou juive ashkénaze et devenir français

Constat sévère, minces solutions

Arrivé au terme de cet ouvrage, on comprend que les sujets liés à l’immigration, l’intégration, ont été trop longtemps confisqués par les extrêmes, et qu’il est grand temps de les traiter sans passion mais avec raison en posant cartes sur table. C’est le mérite de ce livre. Il dénonce toutes les entraves à l’insertion puis à l’intégration des « jeunes issus de l’immigration » : la repentance, la société consumériste, la République qui recule devant les communautaristes etc.

Le puzzle de l’intégration est aussi un réquisitoire sans appel contre « la discrimination positive » et ses avatars. Remède pire que le mal pour l’auteur, non seulement pour les minorités mais aussi pour les « desouche ». Les premiers toujours suspectés d’avoir été favorisés, les seconds lésés parce que le hasard a voulu qu’ils naissent « blanc ».

Seul bémol à cet excellent essai, il apporte peu de solutions. A part celle, légitime, de la fin des cumuls des mandats. Les « cumulards » enfermant le marché politique dans une caste où le renouvellement des élites est quasi nul. Mais cela ne doit pas empêcher le lecteur arrivé au terme de ces lignes d’aller se procurer « fissa » cet ouvrage plus que nécessaire!

jugurta @ 15:19

Un commentaire »

  1. gfgdrst dit :

    OUI! sava j’adore

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