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Archive pour la catégorie 'TERRORISME'

Des hommes et des dieux : Un formidable “état de grâce”

Posté : 25 septembre, 2010 @ 8:56 dans films.émissions TV, Les chretiens en terre d'islam, Religion, TERRORISME | 6 commentaires »

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Un formidable état de grâce avait plané sur les “peoples” du Festival de Cannes, pendant la projection du film consacré au témoignage (martyrion) des moines de Tibhirine : Des hommes et des dieux. Le titre peut paraître ambigu, si la grâce ne l’est pas. Elle avait déjà saisi d’une énorme émotion, pendant tout le tournage, les acteurs et le réalisateur du film, Xavier Beauvois : “Sur ce tournage, j’ai passé les deux plus beaux mois de ma vie. Dans un perpétuel état de grâce. Tout était simple, limpide, facile, évident, étrange et beau. Oui, l’esprit de Tibhirine a soufflé sur nous. Il existe. J’espère qu’il touchera le Festival et fera du bien à tous.” Le vœu de Xavier Beauvois a été entendu par le demi-million de spectateurs qui sont restés sans voix devant le film, dès sa première semaine d’exploitation, comme il le sera par tous les autres dans les semaines qui viennent, quelles que soient leurs convictions et leurs pratiques religieuses, car l’Esprit souffle où il veut, et il n’est question ici que de liberté intérieure face au totalitarisme: la liberté de la Foi.
Qui a enlevé, assassiné, décapité en 1996 ces sept moines cisterciens vénérés dans les montagnes du Sud d’Alger par tout leur entourage musulman ? Les terroristes islamiques du GIA, qui l’ont revendiqué ? Les services secrets du gouvernement totalitaire de M. Bouteflika, qui les manipulaient ? Personne ne peut trancher aujourd’hui, et Beauvois a raison de ne pas s’y aventurer.La seule responsabilité morale assurée – au plan historique – est celle du gouvernement français qui abandonne ce beau pays aux égorgeurs du FLN, et le livre d’un coup à ces fanatiques, sans transition, garantie ni contrepartie aucune, avec des dizaines de milliers de nos compatriotes, et des centaines de milliers de musulmans harkis, pieds et poings liés, le 18 mars 1962…Trente-quatre ans plus tard, les moines de Tibhirine ont répondu de leur manière à ce mystère d’iniquité. Ils se savaient menacés de mort. On leur a demandé de partir – “la valise ou le cercueil” – comme aux Français d’Algérie. Ils ont voulu rester. Témoigner d’une présence. Maintenir le flambeau de la charité chrétienne dans le déchaînement des haines et des violences fratricides. Continuer simplement d’être eux-mêmes, sans provocation, à travers le service des pauvres et le chant des offices du jour et de la nuit, le chant de l’amour chrétien. Pour l’amour de Dieu, des vertus supérieures de leur Ordre, et de leurs frères musulmans d’Algérie.

Les moines de Tibhirine n’ont pas trahi leur vocation, dissimulé leur uniforme ni renoncé à leur vœux pour se porter au bout du seul œcuménisme qui compte, et y laisser leur vie : celui du témoignage chrétien. Si Cannes a retenu son souffle, en les voyant revivre à l’écran, comme des milliers de spectateurs le font aujourd’hui dans nos salles de cinéma, c’est qu’aucune âme n’est jamais morte au seul message du Christ, et que sa grâce encore peut pénétrer partout.

Les martyrs et les saints ne sortent pas des nuages. Ils sont de chair et d’os, comme nous, et ce n’est pas dans les livres, les discours ou les rêves qu’ils se sont montrés plus courageux que nous face aux ennemis de la foi, qui sont aussi les ennemis de toute authentique liberté. C’est dans leur quotidien. A Tibhirine, c’était dans la Règle du grand saint Benoît, le lever de nuit, le silence, le travail, la prière, toute cette gymnastique de la chapelle des moines, que la tête impose aux membres pour sa propre libération.

Il y a un témoignage, un martyrion, qu’en tant que chrétiens et en tant que moines, vous êtes certainement appelés à donner : c’est celui d’une générosité soutenue dans l’observance de votre vie de prière, de charité et de communauté. L’héroïsme, lorsqu’il est exigé de nous, ne consiste pas à faire des actes extraordinai­res mais à continuer de faire les choses ordinaires, même lorsque les circonstances ont changé radicalement et comportent la possibilité de conséquences tragiques.”

Cette déclaration du Père Armand Veilleux, Procureur général de l’Ordre des Cisterciens en visite à Tibhirine quelques mois avant l’assassinat des frères, donne une clé du succès du film très au-delà du cercle des catholiques pratiquants. Tout homme fidèle à son idéal, sa générosité, sa parole, ses règles de vie, face aux pressions sournoises et parfois aux terrifiantes menaces du monde, qu’il le sache ou non, fait retour à sa Divinité. Il entre de plain-pied dans la communion des saints. Le premier pas pour les rejoindre consiste à les admirer. Merci à Xavier Beauvois de nous avoir ouvert de façon si simple et si humaine cette porte lumineuse sur l’Eternité.

@Emmanuel Barbier / Sedcontra.fr, sept. 2010

Le Frère Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine, avait laissé à sa famille en 1994, deux avant le drame, ce testament spirituel :

« S’il m’arrivait un jour – et çà pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.
Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat.
« Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint.

« Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payé ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam.

« Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L’Algérie et l’islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. 

« Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui Ses enfants de l’islam tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
« Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis!
« Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « A-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch’Allah. »


Pour voir la bande-annonce du film, cliquez sur ce lien .

Sur l’assassinat des moines de Tibhirine, Sedcontra.fr a aussi publié : Un Etat terroriste, une France complice pendant 13 ans (mai 2010)

L’esprit souffle encore à Tibhirine

Posté : 30 août, 2010 @ 10:40 dans TERRORISME | 1 commentaire »

par Nadjet Cherigui
27/08/2010 |

 

L’ancien chai du monastère a été transformé en chapelle par les moines. Plus petite que l’originale, elle convenait mieux à leurs besoins. Aujourd’hui encore on y célèbre la messe. Crédits photo : Le Figaro Magazine
Quatorze ans après le massacre des moines français, le drame hante encore toutes les mémoires. Au monastère, pourtant, la vie continue, grâce au dévouement de villageois et au courage d’un prêtre et de quelques religieuses. Nous sommes retournés sur ces lieux habités par le souvenir de sept hommes de paix.
Tibhirine, cela signifie «les jardins», en kabyle. Tibhirine, c’est aussi un village peuplé de quelques centaines d’âmes, accroché dans les collines de la région de Médéa, en Algérie, à une petite centaine de kilomètres au sud d’Alger. Tibhirine, c’est surtout une vie sans fioritures. Le quotidien, ici, est fait de petits bonheurs simples, et surtout d’austérité. L’été, la chaleur y est écrasante. Les hivers y sont aussi longs que rigoureux. Mais face à la beauté sauvage et préservée du paysage, on comprend aisément l’attachement des villageois à ce petit bout de paradis sur terre. Un paradis devenu enfer le temps d’une guerre.
Difficile d’imaginer qu’ici, au milieu de cette splendeur, s’est introduit le pire de l’ignominie. Pendant les dix années de guerre civile qui ont endeuillé le pays dans les années 1990, la région a été l’un des principaux bastions islamistes, et donc un haut lieu stratégique de la lutte antiterroriste menée par les militaires algériens. Au cœur de ces affrontements, une population impuissante, réduite au silence et prise en étau entre la furie meurtrière des uns et la répression violente des autres. C’est à Tibhirine, dans ce contexte particulier, que s’est joué le drame dont ont été victimes les sept moines cisterciens français, enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un commando d’hommes barbus. De ces hommes de paix, on ne retrouvera que les têtes, jetées dans des sacs plastique, sur le bord d’une route à l’entrée de la ville de Médéa, le 30 mai suivant. Christian (le responsable de la confrérie), Christophe (l’agriculteur), Michel (le cuisinier), Célestin (l’hôtelier qui avait la réputation d’être un bon vivant), Luc (le médecin installé depuis plus de quarante-sept ans en Algérie, qui soignait gratuitement les habitants de la région), les frères Bruno et Paul, arrivés la veille pour une brève visite au monastère, tous les sept ont été tués. Seuls Amédée et Jean-Pierre ont échappé au rapt.
 
Le père Jean-Marie Lassausse ne manque jamais de rendre visite aux frères à chacun de ses passages au monastère. Il entretient lui-même les sept tombes des moines. Crédits photo : Le Figaro Magazine
 Quatorze années se sont écoulées depuis le massacre. Notre-Dame-de-l’Atlas, majestueuse bâtisse du XIXe siècle, est toujours là pour témoigner de la présence – encore palpable – des religieux. Mais le silence et la quiétude des lieux sont presque assourdissants, tant ils résonnent encore de leur absence vertigineuse. Ce vacarme du manque, le père Jean-Marie Lassausse vient l’interrompre deux fois par semaine. C’est à ce rythme, depuis près de dix ans, que ce prêtre ouvrier de la Mission de France se rend au monastère de Tibhirine. Après de nombreuses missions en Ethiopie, en Tanzanie, au Maroc et en Egypte, le religieux est venu perpétuer le message des frères, ici, à Tibhirine en Algérie. Message de l’échange, du respect, du partage et du dialogue entre musulmans et chrétiens. Deux fois par semaine, le prêtre prend la route. Inlassablement, Jean-Marie parcourt la centaine de kilomètres qui séparent Alger de Tibhirine, emprunte la route sinueuse et difficile des gorges de la Chiffa.
Il passe à proximité des multiples barrages qui entravent les voies d’accès. Se soumet sans ciller aux contrôles des militaires, mitraillette au poing, rappelant à ceux qui seraient tentés de l’oublier que l’état d’urgence n’est toujours pas levé en Algérie, et que cette guerre fratricide a fait près de 150.000 morts, sans parler des milliers de disparus.
Dans sa voiture, l’homme d’Eglise continue son chemin. Et chaque fois, en empruntant la petite nationale qui mène à l’entrée de Médéa, il passe à proximité de l’arbre où les têtes des moines ont été retrouvées. Trois d’entre elles étaient accrochées aux branches, les quatre autres jetées au sol.
« Ce drame, c’est un tremblement de terre dans la tête des villageois. Ils ont eux-mêmes creusé les tombes pour l’enterrement… Mais ils ne s’en sont toujours pas remis. Très attachés aux moines depuis des générations, ils ne peuvent, encore aujourd’hui, concevoir que cette boucherie soit l’œuvre d’Algériens », raconte Jean-Marie, les yeux perdus dans son pare-brise. Le véhicule grimpe la colline menant au village. Une fois débarrassé de l’escorte policière chargée de l’accompagner ostensiblement à bon port – à chacun de ses déplacements, sans exception – le prêtre referme la lourde porte du monastère.
Occultant le bruit des motards qui s’éloignent et la présence permanente des gardes communaux armés à proximité, l’homme prend le temps de contempler ce splendide panorama et de savourer l’exceptionnelle sérénité des lieux. Comme toujours, il commence par une visite sur les tombes des moines. A l’ombre des arbres, sept petites pierres de marbre blanc alignées, chacune gravée de leur nom et de la date de leur mort. C’est là, sous cette terre qu’ils ont aimée et respectée, qu’ils reposent côte à côte… Tout comme ils l’ont été dans la foi, le partage, l’épreuve, la peur (peut-être) et enfin, la mort.
 
Chaque semaine, le père Jean-Marie Lassausse célèbre la messe dans la petite chapelle. C’est dans cette pièce que les moines priaient ensemble sept fois par jour. Crédits photo : Le Figaro Magazine
 Quelques minutes de recueillement dans un profond silence, interrompu soudain par les appels enthousiastes de Youssef et Samir au loin. Les trois hommes se saluent chaleureusement. Le Français échange avec eux dans un arabe parfait, teinté d’une forte sonorité égyptienne et d’une pointe d’accent des Vosges (d’où il est natif). Les deux ouvriers originaires du village et le prêtre, ingénieur agronome de formation, exploitent ensemble les sept hectares du domaine agricole. Un travail harassant, mais auquel le religieux reste très attaché. Consciencieusement, il s’occupe de la trentaine de moutons de la bergerie. Les bêtes sont très utiles au débroussaillage des terres, mais elles sont aussi vendues aux villageois à un prix très honnête au moment de la fête de l’Aïd-el-Kébir. Fièrement, il raconte les fruits de leur labeur. Une terre fertile, sur laquelle ils produisent des tomates, courgettes, haricots, endives… Et aussi près de 2500 arbres fruitiers répartis sur cinq hectares. Des pommiers qui demandent un soin particulier, permettant de récolter près de 50 tonnes de fruits à l’année, mais aussi des figues, des prunes, des cerises, des kakis, et puis des mûres, de la rhubarbe… Autant de variétés qui finissent en confitures d’une qualité exceptionnelle (pas loin de 2000 bocaux par an!).
Exploités sans le moindre pesticide, les produits sont vendus sur le marché de Médéa. L’argent ainsi récolté permet au prêtre d’entretenir les lieux et de payer les salaires des deux ouvriers.
Une mission, plus qu’un travail, pour les deux hommes. Samir, 37 ans, père de deux enfants, n’a jamais quitté le village. D’ailleurs il n’y tient pas.
« Continuer l’œuvre des babass (les pères, ndlr), c’est un grand honneur pour moi. J’ai commencé très jeune à travailler avec eux. Ils m’ont tout appris. Le travail de la terre, les techniques des semences. J’ai posé les tuyaux d’irrigation avec frère Christophe. C’était lui, l’agriculteur. Il m’a surtout inculqué l’amour du travail bien fait. A ses côtés, j’ai appris la rigueur et l’exigence. Si je suis aussi méticuleux dans mon boulot aujourd’hui, c’est grâce à eux. Et si j’aime tant mon métier, c’est aussi grâce à eux. Ces hommes étaient d’une bonté et d’une générosité exceptionnelles. Il faut avoir vécu auprès d’eux pour mesurer cela. » L’émotion, dans les mots de Samir, est sincère, mais il n’y a pas de larmes dans ses yeux ni de gorge serrée; juste le regard qui pétille et un large sourire à la simple évocation de ses camarades de labeur.
Youssef acquiesce. L’homme de 42 ans a passé plus de temps que son ami Samir auprès des frères. A 14 ans à peine, il travaillait déjà sur le domaine. Il se souvient des longues journées de travail avec les moines.
« J’étais très proche de frère Christophe. Nous pouvions parler des heures de cette terre qu’il aimait, du travail qu’il prenait tant à cœur. Et puis nous parlions de tout… de la vie, des soucis du quotidien, de Dieu et de la foi que nous partagions sans avoir la même religion. Ils me manquent tous terriblement. Pas un jour ne passe sans que je pense à eux ou que je sente leur présence. Pour moi, ils sont toujours là. Je vois Christophe, chaque matin à 8 h 30, sortir par la petite porte du cloître et me faire signe de la main… Ils ne nous ont pas quittés. »
Dans le village, personne n’a oublié ces babass qui ont tant donné à la population. Même les tout-petits ont appris à aimer ces hommes en longue robe de bure et sandales de cuir, qu’ils n’ont pourtant jamais vus. En contrebas du monastère, tout près de l’édifice, Samir a construit sa maison pour y installer sa famille. Trois générations vivent là. Les enfants, l’air songeur, écoutent attentivement les anciens raconter, comme une légende lointaine, les souvenirs de ces Français qui, dit-on, auraient partagé tant d’années à leurs côtés. Fissa, la mère de Samir, a tout juste 50 ans, mais elle se souvient avec émotion de son enfance égayée par la présence des moines. Petite, elle suivait les cours de « Hamidi », comme elle l’appelle. Frère Amédée, en effet, aimait beaucoup les enfants, faisait la classe, et c’est grâce à lui que Fissa a appris le français. « Hamidi nous accueillait toujours avec le sourire. Il avait toujours une petite sucrerie ou une attention pour chacun d’entre nous. C’était un plaisir d’aller en classe avec lui. Il était exigeant, mais jamais il n’élevait la voix. Il nous racontait des histoires, faisait des dessins et se prenait même très souvent à jouer avec nous. Je le vois encore courant en sandales après la balle en soulevant sa robe de moine pour ne pas tomber… c’était drôle ! Chaque dimanche, il réunissait tous les enfants du village à l’intérieur du monastère, dressait un grand drap pour nous projeter des films français. Il tenait à nous faire connaître la culture de son pays. Grâce aux babass nous étions des enfants heureux. Cela me fait mal au cœur de voir que les petits d’aujourd’hui ne connaîtront jamais ces moments de bonheur-là. » Quant à savoir qui sont les auteurs de ce crime, dans la famille de Samir comme partout ailleurs dans le village, la réponse est unanime: « On ne sait pas… »
 
Travail, silence et prière sont le quotidien des soeurs Agnès, Marie-Marthe et Lisbeth, qui, dès qu’elles le peuvent, viennent entretenir Notre-Dame-de-l’Atlas, patrimoine de l’Eglise. Crédits photo : Le Figaro Magazine
 Si la présence des barbus dans la région était connue de tous, personne ne les a jamais vus. « Ils se cachaient trop bien ! » entend-on. Dans la petite maison familiale, la simple évocation de ces années de terreur fait encore tressaillir. « Nous avions très peur. Pendant le pire des années de terrorisme, de 1992 à 1997, nous avons chaque nuit couché les enfants vêtus de leur manteau, chaussures aux pieds, pour qu’ils soient prêts à fuir en cas d’attaque. Mais quand ils ont enlevé nos babass, cela a été pire encore. Pendant deux mois, nous étions convaincus qu’ils reviendraient… Personne ne pouvait faire de mal à ces hommes de Dieu. Alors, on a attendu. Quand la nouvelle est tombée, on ne pouvait y croire. Ils ont tué frère Luc notre médecin, frères Christian, Célestin, Christophe et tous les autres qui étaient si bons avec nous. Qui a pu faire cela ?… Nos questions sont restées sans réponses. Nous avons longtemps pleuré, la douleur s’est emparée durablement du village. Il nous aura fallu deux ans au moins pour nous en remettre et reprendre goût à la vie. »
C’est bien la vie qui, au sein du monastère, a repris ses droits et se poursuit. Pas seulement grâce à la présence de Jean-Marie, Youssef et Samir. Installées dans ce qui fut un temps le cabinet médical de frère Luc, les jeunes filles du village, à l’abri des regards masculins, font de la broderie. Les travaux sont d’une rare délicatesse et entièrement réalisés à la main. Des semaines de travail sont parfois nécessaires à la réalisation d’une nappe ou d’un coussin. Sœur Bertha, religieuse d’origine mexicaine, dirige l’atelier. Cette activité leur permet de gagner un peu d’argent, mais leur apprend aussi à prendre conscience de la nécessité d’être autonomes et indépendantes financièrement. Plus loin, ce sont sœur Agnès, sœur Marie-Marthe et sœur Lizbeth, moniales de Bethléem, qui ont pris leurs quartiers. Installées à Alger, elles viennent épisodiquement à Tibhirine pour participer, à leur façon, à la renaissance du monastère.
Plus discrètes et effacées que le père Jean-Marie Lassausse, elles n’en sont pas moins redoutables d’efficacité. Ces frêles silhouettes silencieuses ont abattu en près de deux ans un travail titanesque. Peinture, nettoyage, travaux de réfection en tout genre, elles ont contribué à la remise en état d’une partie de l’édifice.
« La tâche est toutefois ardue car le monastère est immense, soupire sœur Agnès. Il nous faudrait plus de moyens et de l’aide. Il serait dommage qu’un tel endroit tombe en ruine. Notre seule volonté est de faire en sorte que ce lien de paix tissé par les frères se perpétue. C’est ce qu’ils auraient voulu. »
Les moines, à force d’amour, de partage et de dévotion, ont marqué d’une empreinte indélébile les cœurs et les mémoires de Tibhirine. Comme en témoigne cette lettre d’une femme algérienne, adressée aux religieux plusieurs années après leur mort : « Nous étions seuls dans notre souffrance et aucun n’a eu le courage ou la pensée de prier au moins pour nous et de dire : « Dieu, aide-les ! », excepté vous… »

L’Association française des Victimes du Terrorisme

Posté : 27 février, 2010 @ 12:28 dans COMMUNIQUES, TERRORISME | Pas de commentaires »

Paris, le 26 février 2010 

Communiqué de presse : L’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT.org) se met à la disposition de la famille de Séverin Blanchet, victime française de l’attentat de Kaboul.

Le terrorisme international a fait aujourd’hui une nouvelle victime française, le cinéaste Séverin Blanchet, lors d’un attentat-suicide dans le centre de Kaboul. Séverin Blanchet, membre fondateur du centre de formation à la réalisation documentaire « Les ateliers Varan », grand réalisateur de films documentaires, s’était consacré depuis 2006 à la formation de jeunes cinéastes afghans au film documentaire et avait réalisé avec eux plus de vingt films, dont plusieurs salués par la critique internationale.  

L’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT.org) a contacté la Cellule de Crise du Ministère des Affaires étrangères et européennes et met à la disposition de la famille et des proches de Séverin Blanchet son équipe VIVA (Victimes intervenant auprès de Victimes d’Attentats), pour leur témoigner notre solidarité, notre soutien et leur porter toute l’assistance dont ils auront besoin.

 De la même façon, notre association partenaire au sein du Réseau Européen des Victimes du Terrorisme, l’association italienne AIVITER se met à la disposition de la famille du diplomate italien tué dans le même attentat. 

Nous présentons nos condoléances confraternelles aux parents des 17 victimes dénombrées à cette heure. Nous exprimons notre solidarité et notre compassion à l’ensemble des blessés et des proches des victimes tuées lors de cet attentat, sans distinction de religion ou de nationalité.  

Pour mémoire, le 26 février 2007, il y a exactement trois ans, un autre attentat, en Arabie-Saoudite, frappait un groupe de français faisant 4 morts et plusieurs blessés et le 22 février 2010, l’année dernière, un groupe d’adolescents français était visé par une bombe au Caire, tuant Cécile Vannier, 17 ans, et blessant de nombreux autres collégiens ou lycéens. Notre association est aussi auprès des victimes de ces attentats et de leurs proches, que la nouvelle de ce nouveau drame ne manquera pas de bouleverser. 

Reprenons les mots d’Albert Camus : « Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente … » Inlassablement, nous continuerons à condamner le terrorisme et tous les groupes ou Etats qui justifient le recours au terrorisme. 

Nous remercions les autres membres du Collectif Contre le Terrorisme, parrainé par Fodé Sylla, qui s’est constitué le 21 décembre 2009 et en particulier le Mouvement pour la Paix et Contre le Terrorisme, pour leur prise de position ferme dans la condamnation du terrorisme.    

Contact presse : Guillaume de Saint Marc – 06 61 11 96 54
Guillaume Denoix de Saint Marc
porte parole & directeur général

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AfVT.org – Association française des Victimes du Terrorisme
2 rue Juliette Lamber, 75017 Paris, France

mobile : (+33) 6 61 11 96 54
fax / répondeur : (+33)
9 72 12 76 61
e-mail :
gsaintmarc@AfVT.org
www.AfVT.org
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Par leur parole et par leurs actes, les victimes d’attentats luttent pour l’abolition du terrorisme, dans le respect des droits de l’Homme et du droit international. 

 

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