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Les émeutes autour de Sétif et la répression qui s’en suivit

Posté : 26 mai, 2010 @ 2:39 dans évènements d'Algérie | 5 commentaires »

Source http://echodupays.kazeo.com/

 

Voici, dans son intégralité, le récit circonstancié des émeutes qui ont vu le
Les émeutes autour de Sétif et la répression qui s'en suivit dans évènements d'Algérie photo-2185582-Mjour, à Sétif, le 8 mai 1945 et de la répression qui suivit cette insurrection, par
le colonel Adolphe GOUTARD, historien militaire, tel qu’il l’a écrit pour Historia
Magazine La Guerre d’Algérie.

 

 

 

Sétif était une subdivision de la division territoriale de Constantine que
commandait le général Duval. Nul mieux que lui n’a défini l’insurrection qui
embrasa cette subdivision.

« Dès le 8 mai, écrit-il dans son rapport, l’insurrection prend le caractère de la
guerre sainte, de la djihad. Elle se développe avec une soudaineté, une
violence et un fanatisme qui démontrent que l’âme fruste du berbère n’a pas
changé depuis des millénaires.

L’insurrection s’est déroulée sous le signe de la haine du roumi et de la
France.
http://www.kazeo.com/sites/fr/photos/218/photo-2185583-M.jpg
Elle n’a épargné ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants. Ceux qui ont vu
les scènes de carnage et les corps atrocement mutilés en garde une
impression d’horreur. »
                   photo-2185583-M dans évènements d'Algérie

C’est jour de marché. De nombreux indigènes venus des douars voisins
emplissent les rues. Vers 7 heures, un rassemblement se forme devant la
mosquée. La troupe scout musulmane Kechafat el-Hyat est autorisée à défiler
pour se rendre au monument aux morts.

Vers 8h30, elle se met en marche, suivi par un cortège de 7 000 à 8 000
personnes. En tête, trois hommes portent un drapeau français et deux
drapeaux aux couleurs du prophète. Derrière eux apparaissent des pancartes
sur lesquelles on lit : Libérez Messali ! Nous voulons être vos égaux ! Vive
l’Algérie indépendante !

Vers 9 heures, le cortège arrive rue de Constantine où il se heurte à un
barrage de police. Le commissaire central somme les manifestants de faire
disparaitre les pancartes séditieuses. Sur leur refus, la police essaye de s’en
emparer.

C’est le signal de la bagarre. Des coups de feu éclatent. Le cortège se
disperse et les manifestants se répandent dans la ville assaillant à coups de
pistolet, de couteau, ou de bâton, les européens rencontrés dans les rues ou
assis à la terrasse des cafés. On entend les cris de N’Katlou ennessara !
(Tuons les européens !). Les femmes poussent de stridents you-you.

Rue Sillègue, M. Deluca président de la délégation spéciale s’efforce de
calmer les excités. Il est abattu.

D’autres meurtres sont commis.

Quand vers, midi l’ordre est rétabli, on relève dans les rues vingt et un
cadavres d’européens.
D’après le procès verbal détaillé, on voit que treize de ces cadavres ont le
crâne complètement enfoncé, un est éventré et un autre émasculé.

Dans l’après midi, les troubles s’étendent au nord de Sétif.

A El ouricia, à 12 kilomètres, l’abbé Navarro est abattu.

Aux Amouchas à 10 kilomètres plus au nord les maisons européennes sont
pillées mais leurs habitants ont pu fuir.

A Périgotville, les insurgés pénètrent dans le bordj et s’emparent de 45 fusils
Lebel, et de 10 000 cartouches puis ils attaquent les européens et pillent leurs
maisons. Au soir, quand le village sera dégagé, on relèvera 12 cadavres
sauvagement mutilés.

A Sillègue, le garde champêtre M. Mutschler est tué ainsi que sa femme et le
cantonnier. Les maisons européennes sont pillées puis incendiées.

A La Fayette, de gros rassemblements d’indigènes se forment mais sur
l’intervention de l’administrateur, aidé par des notables musulmans, les
attroupements se dispersent.

Il n’en est pas de même malheureusement à Chevreul, à 60 kilomètres au Nord
de Sétif. A 2 heures du matin, le village est pillé et incendié. La plus part des
européens s’étaient réfugiés à la gendarmerie, mais ceux qui ne l’avaient pas
pu sont massacrés et mutilés. Le lendemain quand les secours arriveront, on
trouvera 5 cadavres dont ceux de trois hommes émasculés. Le garde forestier
Devèze et les agents des Ponts et Chaussées Coste et Bovo et ceux de deux
femmes : Madame Devèze et Madame Bovo, celle-ci est mutilée des deux
seins.

En outre quatre femmes ont été violées dont Mme Ruben, âgée de 84 ans,
madame Grousset et sa fille Aline âgée de 15 ans.

Pour ce premier jour on dénombrera au total dans la subdivision de Sétif : 84
tués dont 13 femmes.

Dans l’après midi du 8 mai, autour de la place du marché ou les associations
patriotiques se sont réunies pour célébrer l’armistice, de nombreux indigènes
se massent portant des pancartes et l’étendard du prophète. Quand le cortège
arrive devant le monument aux morts, les manifestants se mettent à scander :
libérez Messali !, tapant des mains en cadence et levant l’index vers le ciel.

L’intervention de la police déclenche une bagarre à laquelle met fin l’arrivée
d’un renfort de policiers.
Bilan 46 blessés chez les agents et les civils européens, un tué et 30 blessés
chez les manifestants.

Le 9 mai, un nouveau foyer s’allume autour de Guelma ; Croyant la ville aux
mains des insurgés, de nombreux groupes de musulmans armés descendent
de leur montagne sur Guelma mais ils se heurtent au bataillon d’instruction du
7° tirailleurs et aux civils français que l’énergique sous-préfet Achiary a fait
armer conformément au « Plan de défense des centres de colonisation ».

Cependant les abords et les communications ne seront dégagés qu’à partir du
lendemain avec l’aide du groupe mobile motorisé de Combourieu envoyé
d’urgence de Tunisie.

Dans les départements d’Alger et d’Oran l’ordre n’est pas troublé.

En somme, le 8 mai 1945 un foyer insurrectionnel a éclaté à Sétif, fief de
Ferhat Abbas et de ses « Amis du Manifeste » et a gagné les environs. Il s’agit
maintenant d’éteindre cet incendie avant qu’il se propage dans toute l’Algérie.

Le 8 mai 1945, les unités de campagne de la division de Constantine sont en
Allemagne. Pour maintenir ou rétablir l’ordre dans cette immense région sous-
administrée qui comporte des massifs comme ceux de l’Atlas tellien, de
l’Aurès et des Babors, difficilement pénétrables, le général Duval ne dispose
que d’un effectif total de 9 000 hommes en grande partie composé de dépôts
et unités de garde, inemployables en opérations.

En fait, il n’a, comme éléments mobiles, que le 15° régiment de tirailleurs
sénégalais, un bataillon de marche du 3° zouaves, le 9° spahis, privé des deux
escadrons détachés en Tunisie, un escadron motorisé de la garde, un peloton
motorisé de légion, un goum marocain et un groupe d’artillerie.

La gendarmerie n’a que 523 gendarmes présents disséminés sur tout le
territoire en 74 brigades. Il est évident que, pour arrêter le massacre avec si
peu de moyens et avant l’arrivée d’importants renforts d’Algérie et du Maroc, il
fallait agir vite et fort.

C’est ce que le général Duval exposera au ministre, par lettre du 26 mars
1946, en réponse aux accusations de Ben Djelloul :

« J’ai hautement conscience, non pas d’avoir dirigé des opérations de
répressions, mot qui choque mon sentiment de soldat et de français, mais
d’avoir rétabli la sécurité en limitant, dans la mesure du possible, l’emploi de
la force… Si le mouvement insurrectionnel n’avait pas été étouffé à ses
débuts, l’incendie aurait embrasé tout le constantinois, puis l’ensemble de
l’Algérie. Il me souvient non sans émotion de la période critique, qui dura
jusqu’au 18 mai, où l’on sentait les masses indigènes des campagnes en
transes et poussées à la guerre sainte, guettant la proie facile des villages et
des fermes isolées, prêtes à se lancer au pillage au premier succès
d’émeute. »

Le 7 mai au soir, inquiété par certains renseignements, le général Henry
Martin, commandant le 19° corps et la X° région militaire à Alger, avait
prescrit à ses trois divisions territoriales Alger, Oran et Constantine, de
constituer des piquets en armes. En conséquence, le 8 mai à 5 heures , le
colonel Bourdila commandant la subdivision de Sétif qui dispose de la valeur
d’un bataillon fait rassembler dans la cour de la caserne deux compagnies,
faisceaux formés, avec ordre au chef de détachement d’ « éviter à tout prix,
s’il doit intervenir, de faire usage des armes, sauf le cas de légitime défense ».

A 9 heures, un agent de police arrive en courant à la subdivision, et se
précipite vers le colonel : « Mon colonel, on tire du côté de l’Hôtel de
France ! ».

Aussitôt, l’ordre est donné au commandant Rouire de se porter avec le
détachement dans le centre de la ville.

La troupe s’y rend au pas cadencé. Le chef de bataillon s’avance avec un
clairon au-devant des manifestants et ses sommations, sans aucun coup de
feu, aident la police à dégager le centre de la ville.

A 11 heures, le commandant Rouire reçoit l’ordre de se porter avec une
compagnie au marché arabe où, comme nous l’avons vu, plusieurs milliers
d’indigènes sont aux prises avec la police. Là, sa troupe repousse les
manifestants à coups de crosse, sans tirer, malgré la découverte exaspérante
de cinq cadavres d’européens affreusement mutilés.

Vers midi, le calme est revenu à Sétif, où l’on relève les 21 cadavres
d’européens que nous savons.

Mais l’insurrection a gagné les environs.

A 10 heures, la division de Constantine a reçu ce message de Sétif :

« Emeutes ont éclaté. Morts et blessés dans la population européenne.
Situation semble très grave. »

Un second message dit : « Rassemblement inquiétants à Oued-Zenati »

Le général Duval dirige alors de Philippeville sur Sétif un peloton de 5 half-
tracks de la garde mobile et une compagnie du 15° sénégalais en camions.

Le peloton de la garde arrive à Sétif à 15H30. On lit dans le journal de marche
de l’unité :
« De Sétif, le half-track du capitaine Mazucca repart immédiatement pour
dégager Périgotville, qui est encerclée. Aux abords de ce village, le half-track
est stoppé par un barrage de pierres et pris sous des feux assez nourris. Les
balles s’écrasent contre le blindage. Il riposte à la mitrailleuse et fait sauter le
barrage. Son arrivée dans Périgotville coupe court aux massacres. Une
douzaine de cadavres sont relevés, sauvagement mutilés. Les faces sont en
bouillie. De larges flaques de sang s’étalent sur le seuil des maisons aux
portes ouvertes. Poursuivis par le feu des mitrailleuses, les assaillants se
retirent dans le djebel. »

Quant à la compagnie sénégalaise, retardée par des pannes, elle n’arrive à
Sétif qu’à 22 heures.

Une partie est aussitôt envoyée sur Sillègue, qu’elle trouve en flammes à 2
heures. L’autre partie, comprenant deux sections sous les ordres du
lieutenant Bentegeat , est dirigée sur Aïn-Abessa, à 18 km au nord de Sétif.
Quand elle y parvient, vers 1 heure, la situation est la suivante : depuis la
veille au soir, le bordj où la population européenne s’est réfugiée et dont la
défense a été organisée par le chef de brigade de gendarmerie, est assiégée
par un millier d’indigènes conduits par Debache Seghir, membre influent des
« Amis du Manifeste ». Ils arrosent le bâtiment de rafales de mitraillette et de
coups de fusil.

A l’arrivée du lieutenant et de sa petite troupe, les assaillants se retirent. Une
patrouille envoyée dans le village délivre la famille Heyberger, également
assiégée dans sa maison. La patrouille arrête plusieurs des assiégeants, pris
les armes à la main, dont le secrétaire général des « Amis du Manifeste ». En
fouillant le village, on découvre le cadavre de M. Fabre, tué à coups de pistolet
et de gourdin.

photo-2185593-M
Autre délivrance : le 9 mai, au matin, le lieutenant Poutch est envoyé avec un
petit détachement sur Kerrata. Il fait irruption dans le village en plein
massacre ! Son arrivée y met fin. On lit dans son rapport :

« Nous trouvons cinq cadavres, dont ceux du juge de paix M. Trabaud et de sa
femme. Vingt personnes se trouvent sur le toit d’une maison en flammes. Je
réussis à les sauver et après avoir dispersé à la mitrailleuse les assassins, je
rassemble la population européenne au château Dussaix, sous la protection
des gendarmes. »

Autre sauvetage de justesse : celui de Chevreul.

Nous avons vu que le 8 mai, les habitants européens, qui avaient échappé au
premier massacre, s’étaient réfugiés à la gendarmerie où se trouvaient en
dépôt les armes du centre colonisation. Les deux gendarmes du poste les
avaient distribuées aux hommes. La gendarmerie fut investie et le siège
commença. Pendant toute la journée du 9 mai, les insurgés, postés aux
alentours, tirèrent sur les fenêtres. Ils coupèrent la conduite d’eau, privant les
assiégés d’eau potable. Dans la soirée du 9 mai, ils parvinrent à s’emparer du
rez-de-chaussée. La défense se concentra alors au premier étage.
Ce n’est que le 10 mai au matin, qu’arrive devant Chevreul le détachement du
commandant Rouire (une section de half-tracks et une compagnie de
zouaves). Le commandant envoie une section à l’est du village et une autre à
l’ouest pour le cerner. La section de l’est met en fuite les rebelles et capture
des bourricots chargés de tapis et autre butin que les pillards abandonnent.

« J’entre moi-même dans le village, avec des half-tracks, relate le
commandant et je marche sur la gendarmerie. A notre arriveé, la joie et
l’émotion sont intenses. Les habitants hommes femmes et enfants sont émus
jusqu’aux larmes d’avoir été sauvés in-extremis car les rebelles avaient déjà
répandu de l’essence au rez-de-chaussée ».

Mais nos détachements ne peuvent intervenir partout.

Le 10 mai, à Tamentout, près de Djidjelli, la maison forestière est attaquée.
Les deux gardes, leurs femmes et deux enfants de 10 et 3 ans sont
massacrés.

Dans la subdivision de Bône, lorsque les gendarmes arrivent à Peitt, ils
trouvent 4 cadavres affreusement mutilés, dont celui du gérant de la ferme
Lucet, massacré par ses ouvriers indigènes.

En revanche, dans la subdivision de Constantine, une compagnie de zouaves
et 2 half-tracks de la garde recueillent à Djemila, 5 européens qui ont été
sauvés par les ouvriers indigènes du chantier archéologique.

Le 11 mai, au nord de Sétif, villes et villages sont dégagés. Refoulés vers le
nord, les insurgés ont atteint la côte. Aux Falaises, dans le golfe de Bougie, ils
tuent l’hôtelier, blessent grièvement sa femme et pillent l’établissement. Puis,
ils marchent sur Mansourah, mais un bateau de guerre intervient et en
quelques salves, les disperse.

Dans la subdivision de Constantine, 2000 indigènes armés de fusils, de
haches, de faux et de bâtons se rassemblent près de Jemmapes, mais
l’arrivée d’un détachement de Philippeville permet à l’administrateur de faire
entendre raison aux chefs locaux des « Amis du Manifeste » qui renvoient leur
troupe.

« Au soir du 12 mai, lit-on dans le rapport de la X° région, l’insurrection est
jugulée. Cependant des régions étendues ne sont pas sûres. Leur coup fait, les
insurgés se sont retirés dans la montagne. Ils ne descendent plus dans les
villages, mais ils surveillent les routes. Des villages entiers sont vides, les
européens les ayant évacués et les indigènes les ayant fuis de peur des
représailles. Il reste à obtenir la soumission des rebelles réfugiés dans les
massifs de Tamesguida, du Babor, et du Ta-Babor (arrondissement de Sétif) et
dans les djebels Arouz et Mahouna (arrondissement de Guelma). C’est à cette
tâche que la division de Constantine va s’employer à partir du 13 mai. »
http://www.kazeo.com/sites/fr/photos/218/photo-2185594-M.jpg
Pour réaliser cette pacification, des renforts importants sont mis à la
disposition du général Duval, commandant la division de Constantine qui peut,
ainsi, comme il l’écrit lui-même :

« Envisager des actions méthodiques et profondes, caractérisées par la
surprise, la rapidité et la puissance. L’idée directrice est la suivante :

. Dans un premier temps, délivrer les villages et les fermes encore
bloqués et rétablir la circulation routière et ferroviaire et les
communications par fil ;
. Dans un deuxième temps, par des opérations de police, réduire les
bandes armées et en obtenir la soumission. »
On distingue trois zones opérationnelles : la zone est (Guelma), la zone centre
(Constantine-Philippeville) et la zone ouest (Sétif), la plus dure.
Voir taille réelle

Dans la zone est, une première opération exécutée par un escadron de half-
tracks du 9° spahis et un bataillon ne donne pas de résultats. Les dissidents
ayant fait le vide devant la progression de nos troupes.

Une deuxième opération de même force est exécutée, le 20 mai, sur les
douars au sud de Villars. De quelques mechtas, les indigènes tirent des coups
de feu. Une centaine d’entre eux sont amenés à la gendarmerie de La Verdure
pour être interrogés. Des fusils de chasse sont livrés.
Cette opération produit une grosse impression. Les douars Aouaïd et Bahouna
rentrent dans l’ordre.

Le 24 mai, une opération plus importante est menée entre la route Guelma-
Sedrata et les mines du Nador, sous la direction du colonel Schmidt, disposant
du groupe mobile de Guercif et de deux escadrons du 9° spahis. Sa mission est
la suivante :

« Rechercher et capturer les éléments rebelles. S’abstenir de toute action non
justifiée par une attitude hostile des habitants. Prendre contact avec les chefs
rebelles et tenter de les amener à résipiscence. Ne rien prendre sans
paiement. Remettre aux autorités civiles les troupeaux abandonnés. »

Le colonel fractionne sa troupe en détachements qui, partant de points
différents, pénètreront concentriquement dans le massif dont Mahouna
constitue l’observatoire central.

Ces opérations se déroulent dans les meilleures conditions. Elles prennent fin
le 30 mai. La présence de nos forces répandues dans tout le massif et les vols
d’intimidation exécutés par quelques avions amènent la soumission des
douars de la région Laperrine.

Le 28 mai, les douars de Millesimo se soumettent à leur tour. 1116 fusils de
chasse et 74 de guerre sont livrés ou saisis.

Dans la zone centre, la plus calme, le colonel Serre, avec un bataillon de
sénégalais et un escadron de la garde mobile et une compagnie de fusiliers
marins se borne à maintenir la sécurité par des déplacements constants.

La zone ouest (Sétif-Djidjelli) est non seulement la plus contaminée, mais
aussi la plus accidentée avec des sommets élevés. Ce sera donc la plus
longue à pacifier. Une force de 3 670 hommes y sera employée (10° et 15°
régiment de tirailleurs sénégalais, école de cavalerie de Hussein Dey, groupe
mobile n°2 de la légion de Sidi bel Abbès et une batterie de 75).

Cependant, la première série d’opérations qui s’ouvre, le 13 mai, dans la
région de Kerrata et celle de Tizi-N’Bechar se déroule sans grande difficulté.
Des scout-cars parcourent le bled et la montagne, convoquant la population
respectivement à Kerrata et Tizi-N’Bechar, pour le 15 mai.

Au jour dit, les indigènes descendent en groupes compacts. A 11 heures, il y
en a 6 000 à Kerrata et 2 800 à Tizi –N’Bechar. Le colonel Bourdila va recevoir
leur soumission, successivement.

Mais il reste à pacifier les massifs redoutables du Babor et du Ta-Babor, deux
chaînons parallèles qui culminent l’un à 2 004 mètres, l’autre à 1 960 mètres,
à l’est de Kerrata.
Quatre groupements, de trois compagnies sénégalaises chacun, encerclent
le massif dans lequel ils pénètrent concentriquement le 19 mai. Sur un terrain
de plus en plus accidenté, la marche est difficile. Les mechtas sont vides
d’habitants. Le 20 mai, cependant, en approchant du Babor, on trouve des
femmes, des enfants, des vieillards, mais tous les hommes valides ont
disparu.

Pendant ce temps, au nord, entre la côte et le Ta-Babor, le commandant Bart,
avec son bataillon du 15° R.T.S, procède à des opérations de reddition. De
nombreux meneurs sont arrêtés et remis à la gendarmerie.

Impressionnés par ce déploiement de forces surgissant de tous côtés et par
les interventions de notre aviation, dont deux appareils lancent des bombes,
les 19 et 20 mai, de même que par la vue de nos navires de guerre qui
croisent au large du cap Aokas, les dissidents demandent l’aman.

Le 22 mai est la journée culminante de cette période des points de vue
militaire et politique. Suivons-en le déroulement d’après un extrait de presse.

 

 

« Le 22 mai, par une radieuse matinée de printemps,
dans le cadre de la plaine de Melbou, près des
falaises, les tribus des communes mixtes d’Oued-
Marsa et Djidjelli font leur soumission. Une
interminable caravane d’hommes, de femmes et
d’enfants encombrent la route. Le long du rivage sont
rangés quelques navires de guerre. Près de 15 000
indigènes se déplacent face à la route nationale.

Soudain une nouba fait entendre le garde à vous. Ce
sont les autorités civiles et militaires qui arrivent. Les
troupes sont passées en revue. Sur une éminence, un
grand mât est dressé. L’envoi des couleurs a lieu, au
milieu des « you-you » stridents que poussent les
femmes, tandis que les hommes saluent le drapeau.
La fanfare des tirailleurs joue « la Marseillaise ». Les
navires de guerre tirent des salves.

Tout à coup le silence se fait. S’adressant aux milliers
d’indigènes rassemblés, le colonel Bourdila leur dicte
d’une voix forte les conditions de la reddition. Puis, le
général Henry Martin s’avance, flanqué de deux
interprètes, sur une butte qui domine le terrain où sont
massées les familles musulmanes.

Au pied de cette butte sont alignés seize caïds aux
burnous écarlates brodés d’or. Le commandant du 19°
corps prend la parole :

« Louange à Dieu, le maître des mondes qui nous
réunit aujourd’hui pour suivre la voie droite ! Hommes
libres, c’est un homme libre qui vous parle au nom de
la France ! Guerriers et anciens soldats, c’est un chef
de guerre qui veut vous aider à retrouver la paix !
Satan a égaré les esprits de certains. Ils ont écouté
les mensonges des gens ambitieux et cupides. Ils ont
tué des hommes, des femmes et des enfants. Comme
des hyènes, ils ont profané leurs cadavres ! Nous
voulons que la paix règne dans nos campagnes et
dans nos montagnes. Vous allez y retourner. N’écoutez
pas les méchants qui prêchent la haine, les
pharmaciens qui font des discours au lieu de préparer
les remèdes bienfaisants. Restez dans la voie droite
pour faire de l’Algérie française un pays où des
hommes libres peuvent travailler en paix. Et vous
vivrez longtemps. Et vous verrez vos biens grandir. S’il
plait à Dieu ».

 

 

 

Quatre jours plus tard, le 26 mai, le commandant de la division de
Constantine, peut donner à ses subdivisions les directives suivantes :

« La situation étant redevenue normale, l’intervention de la troupe ne pourra
avoir lieu que sur réquisition écrite de l’autorité civile… S’abstenir
rigoureusement de toute attitude agressive. »

Et, le 29 mai, le général Duval précise :

« La période de répression peut être considérée comme terminée. La phase
qui s’ouvre exige des chefs militaires des qualités de tact, pour comprendre à
la fois la mentalité des indigènes et celle des colons dispersés dans la
campagne. Il faut rétablir la confiance chez ceux-ci, encore sous le coup des
atrocités commises et, pour cela montrer la troupe en déplaçant
constamment les détachements. »

On a parlé de « véritables massacres » exécutés par notre aviation. En fait, à
partir du 10 mai, la division de Constantine disposa de 18 avions (P-39 ou 4-24)
basés sur les terrains de Sétif ou de la Reghaïa. Ce jour-là, deux bombes
furent larguées sur des rassemblements près de Fedj-M’Zala et deux autres
sur les pentes de la Mahouna, près de Guelma.

Le 12 mai, il est demandé à l’aviation, pour le 13 mai, de survoler la région de
Constantine, Guelma, et Souk-Ahras afin de signaler par radio les
rassemblements suspects. La consigne est de ne pas tirer, sauf en cas
d’agression au sol caractérisée. L’ordre de la division précise : « La présence,
seule, de nos avions doit rassurer les populations fidèles et intimider les
autres, sans risquer d’atteindre les premières. »

Le 14 mai, sur la demande des colonnes à terre qui sont en situation délicate,
des bombardements sérieux et des mitraillages sont exécutés sur des
rassemblements et des mechtas qui résistent. Nos appareils larguent au total
90 bombes de cinquante kilos et 41 bombes de 100 kilos et leurs mitrailleuses
tirent 4 000 cartouches. C’est la seule opération aérienne de combat
importante.

La division rend compte à Paris le lendemain par ce télégramme sous n° 796 :
« Bombardements aériens 14 mai ont causé environ 40 victimes chez insurgés
région Guelma-Souk-Ahras. »

Les 19 et 20 mai, nouvelle action de combat, avec deux appareils seulement,
comme appui aérien des opérations du Nador que nous connaissons. Deux
autres appareils effectuent des vols d’intimidation au sud de Villars et sur les
pentes nord de l’Aurès sans bombarder, ni tirer.

Après la soumission du 22 mai, les retraits d’avion commencent. Le 25 mai, la
division ne dispose plus que de cinq appareils à Sétif pour les
reconnaissances. Et, le 11 juin, les derniers appareils regagnent leur base de
Marrakech.

Cela nous amène à la question des victimes de la répression.

Une importante conférence eut lieu à ce sujet le 25 juin 1945 à Alger, à la villa
des Oliviers. Y participaient :

. MM TIXIER ministre de l’Intérieur et CHATAIGNEAU gouverneur général
de l’Algérie
. Les généraux Henry MARTIN et Pierre WEISS (général d’aviation)
. Les amiraux RONARC’H et AMANRICH
Le procès-verbal donne l’évaluation suivante des pertes infligées par l’armée :

. Région de Sétif : environ 250 tués et 50 blessés
. Région de Guelma : environ 150 tués et 200 blessés

photo-2185588-MLe général Weiss dit : « Tués par l’aviation au grand maximum 200 » et le
contre-amiral Amanrich dit : « Quatre tués certains par les pièces de bord. »

Le chiffre officiel des victimes de la répression militaire serait donc de 600
tués indigènes, en face des quelque 150 civils européens massacrés et sans
mentionner les pertes de nos troupes en opérations.
Voir taille réelle

Mais le chiffre réel des pertes musulmanes est certainement supérieur. En
effet, un nombre certain d’indigènes ont été victimes de l’indignation
compréhensible de civils français qui venaient de trouver des parents ou amis
chers assommés, éventrés, émasculés…

Des faits impressionnants m’ont été cités par les témoins.

A Sétif, par exemple le 8 mai 1945, un agent d’assurance rentrait de sa
tournée avec sa femme lorsque des arabes se mettent à tirer sur sa voiture et
tuent son épouse. Il fonce, parvient chez lui, dépose le corps tout chaud de sa
femme sur son lit et, fou de douleur et de rage, il ressort avec son fusil dans la
rue, promettant d’ « en descendre une douzaine » !

A la gare de Guelma, des cheminots français ayant été massacrés par des
collègues indigènes, le chef de district de la voie organise la résistance,
parvient à s’emparer de l’un des meurtriers, le fait dûment reconnaitre par les
camarades témoins du meurtre et l’abat.

A Aïn-Abid, à 25 kilomètres du Kroub , c’est le spectacle révoltant d’une mère
éventrée avec son bébé poignardé sur elle qui provoque des réflexes de
vengeance et de meurtre, aux dépens d’indigènes sans doute innocents.

De tels règlements de comptes n’ont pu tous être enregistrés, mais en
admettant qu’ils aient pu porter à 2 000 ou 3 000 le nombre officiel des morts
musulmans, nous sommes loin des chiffres fantastiques qui seront donnés
plus tard par les gens du fln qui parleront de 45 000 morts !
Ferhat Abbas dira même 60 000 morts !

De tels chiffres sont tout à fait invraisemblables étant donné la nature des
opérations militaires dans des bleds ou djebels à faible densité de population,
les villes n’ayant connu aucune répression massive et aveugle même Sétif qui
était au coeur de la sanglante révolte.

Et les officiers français qui dirigeaient les opérations n’étaient pas des nazis
capables d’ordonner ou d’exécuter ses massacres systématiques, voisins du
génocide !

On parlera de « douars sans hommes, tous massacrés » ! Beaucoup de douars
en zone rebelle ont été, en effet, trouvés vides d’hommes, mais c’était parce
que ceux-ci avaient fui devant l’avance de nos détachements, par crainte
d’arrestation ou de représailles. Et les coupables ou suspects arrêtés par nos
troupes ont été remis à la gendarmerie qui n’était pas la gestapo !

LA MORALE DE L HISTOIRE

Certes, la répression a été dure, mais les moyens dont disposait celui qui était
chargé d’arrêter les meurtres d’européens et les actes de sauvagerie qui les
accompagnaient et de rétablir l’ordre et la sécurité dans un immense pays,
étaient extrêmement réduits. Or, comme écrit le colonel Groussard :

« Une répression est d’autant plus sévère que les moyens sont faibles. Mais
ces évènements allaient servir à la propagande des excitateurs des foules
musulmanes. »

Lancé par la radio du Caire, « le mythe de la répression massive ayant fait des
dizaines de milliers de victimes innocentes » fut sans cesse repris, par la
suite, au point de convaincre le monde de son effroyable réalité.

A la fin des troubles, si ceux-ci s’étaient clos par un véritable massacre de
musulmans, on n’aurait pas vu, chose tout à fait exceptionnelle – le cadi de
Constantine venir inviter le général Duval, de même que le général Henry
Martin, de passage, assister à la cérémonie organisée à la mosquée pour
« remercier le Tout-Puissant d’avoir rétabli la paix ». Et la cérémonie se
déroula sans incident dans le plus grand recueillement.

De ces douloureux évènements – qui ont déchiré le coeur de ceux qui aimaient
nos colons, pour les avoir vus à l’oeuvre sur les terres qu’ils avaient fertilisées,
et nos musulmans pour les avoir commandés avec fierté sur les champs de
bataille – laissons le général Duval tirer, lui-même, la leçon.

Dans sa lettre du 16 mai 1945 au général Henry Martin il écrivait :
« L’intervention immédiate a brisé la révolte, mais il n’est pas possible que le
maintien de la souveraineté française soit basé exclusivement sur la force. Un
climat d’entente doit être établi. »

Et dans une lettre que sa famille a bien voulu me communiquer, il déclarait
aux hautes autorités de Paris : « Je vous ai donné la paix pour dix ans. Mais il
ne faut pas se leurrer. Tout doit changer en Algérie. Il faut faire des réformes
sérieuses. »

Mais, l’orage passé, Paris s’endormira et rien de sérieux ne sera fait pour
satisfaire les légitimes aspirations des musulmans.

Et cette paix, ainsi promise durera presque dix ans – exactement neuf ans et
demi – jusqu’à la Toussaint de 1954… marquée par les premiers attentats,
prélude à l’insurrection.

Colonel Adolphe GOUTARD

La semaine sanglante par Youssef ZERTOUTI

Posté : 24 mai, 2010 @ 6:08 dans évènements d'Algérie | 3 commentaires »

La semaine sanglante

(Historia magazine N° 196, octobre 1971)

Dans l’après-midi du 8 mai, le  » téléphone arabe  » apporte, des hauts plateaux du Tell jusque dans les bleds les plus reculés, les nouvelles de Sétif et de Guelma. En de nombreux endroits, les hommes disent :  » Nos frères des villes ont été massacrés. Il faut les venger.  »
Parmi les plus politisés, certains militants locaux du P.P.A. pensent que le moment est venu de mettre en application la e directive d’action directe « .
Au jour de la colère, l’offensive contre les Européens déferle de Sétif à la mer. Elle est parfois organisée par des groupes de choc qui sont allés sortir les armes de leurs cachettes, mais elle apparaît le plus souvent aussi spontanée que violente. Le bilan des victimes européennes dressé au soir du 9 mai par le préfet de Constantine, est de 103 morts ? y compris les 29 de Sétif ? et de 110 blessés.
Certains Européens s’étaient déjà constitués en  » milices de défense « . Au soir du 9 mai, de telles milices se multiplient dans tout le Constantinois et quelques-unes enrôlent des prisonniers de guerre allemands et italiens travaillant dans les fermes. Ces groupes exercent, contre les Algériens, des vengeances sanglantes.

La marine est engagée et le  » Duguay-Trouin  » bombarde depuis le golfe de Bougie, les douars des communes mixtes de Timimoun et d’Oued-Marsa. Les Algériens capturés au cours des opérations d’infanterie sont emprisonnés et parfois exécutés. Les opérations répressives de l’armée sont sévères et les villages où l’insurrection a été la mieux organisée et la plus dure paient un prix particulièrement lourd. C’est cependant à Sétif, Guelma et Kerrata que la répression est la plus meurtrière : des centaines de morts.
Vers la fin de la  » semaine sanglante « , certains responsables P.P.A. du Constantinois partent pour Alger et demandent au comité directeur du parti clandestin de lancer enfin la directive d’action directe et de  » provoquer ainsi un soulèvement général de nature à soulager les populations des régions de Sétif, Guelma et Bougie qui supportent seules le poids des opérations militaires françaises « . Le comité directeur accepte leur suggestion, mais décide que l’ordre d’insurrection ne devra être donné qu’à la fin de mai,  » car il faut au moins quinze jours pour préparer la lutte « . Les délégués présents à Alger regagnent leurs régions pour transmettre aux différents niveaux hiérarchiques du parti les nouvelles consignes.

Le fossé

Deux faits viennent cependant contrecarrer ces plans. Les services de renseignements du Gouvernement général, tout d’abord, interceptent sur un courrier clandestin, arrêté par la police, de précieuses informations sur les projets en cours, et le P.P.A. ne peut plus, du coup, espérer bénéficier de l’effet de surprise sur lequel il comptait. Les dirigeants du parti doivent, de plus, constater que, contrairement à leurs calculs, des  » zones de dissidence  » ne se constituent pas dans le Constantinois : les forces françaises ont, par le fer et par le feu, rétabli un ordre complet et contrôlent totalement la situation. Pour ces deux raisons, le soulèvement général est annulé par le comité directeur du P.P.A. Le passage de l’ordre au contrordre (également transmis de bouche à oreille) est si brusque que certains responsables de région ne seront pas touchés et que des installations militaires et civiles européennes seront attaquées, par exemple à Dellys, en Grande Kabylie, à Cherchell et à Saïda (offensive d’un commando de l’Algéro-Marocain Belh’acene). Menées dans le cadre d’une stratégie mal préparée et mal exécutée, ces actions se transformeront en autant d’opérations – suicide.

la guerre d’Algérie a-t-elle, commencé en 1945 ?

A l’heure des bilans, un communiqué officiel du Gouvernement général déclare que les opérations du rétablissement de l’ordre ont fait 1 150 tués du côté Algérien. L’état-major du colonel Bourdila, commandant la subdivision de Sétif, avance officieusement le chiffre de 7 500 victimes, qui est doublé par la commission d’enquête ? présidée par le général Tubert ? envoyée sur les lieux par le gouverneur général Chataigneau.
Le consul américain à Alger avance ? non sans intentions politiques – le chiffre de 40 000 à 45 000 victimes algériennes, et l’opinion publique musulmane se réfère plutôt à cette évaluation.

Chez les scouts algériens

Si, dans la seconde quinzaine de mai, le sang cesse de couler, la répression policière et judiciaire, qui a commencé dès le 9 mai sous le régime de la loi martiale, bat son plein dans toute l’Algérie, et notamment dans le Constantinois, contre les Algériens suspects d’action ou de propagande nationaliste ; les A.M.L., les principaux adjoints de Ferhat Abbas ? Ahmed Francis, Ahmed Boumendjel, Me Kaddour Sator, Me Mostefa El-Hadj, bâtonnier du barreau de Sétif, le Dr Ben Khellil, Aziz Kessous, directeur de l’hebdomadaire Egalité, qui vient d’être interdit ? sont arrêtés, tout comme leur chef et tout comme deux leaders de l’Association des ulémas, Bachir El-Ibrahimi et le cheikh Kheireddine. Sont également arrêtés des leaders P.P.A. comme Mohamed Khider, Abdallah Filali, Larbi Ben M’Hidi (1), Souyah Houari, Ahmed Bouguarra, le futur colonel de l’A.L.N., Si M’hamed, Ben Youssef Ben Khedda (2), ces trois derniers respectivement responsables locaux du P.P.A. à Oran, Affreville et Blida.
Quelques leaders nationalistes importants échappent cependant au coup de filet. Belouizdad s’enfuit de son domicile d’Alger par les terrasses, alors qu’on vient l’arrêter chez lui, et rejoint, à Constantine, Taïeb, Boulharouf (3), qui se cache dans le kiosque à tabac proche de la passerelle Perrégaux. Lamine Debaghine se tire lui aussi d’affaire et, déguisé en paysan, se réfugie au Maroc, où il est accueilli par un jeune étudiant nationaliste qu’il a connu à l’université d’Alger, Mehdi Ben Barka. Rabah Bitat passe quelque temps dans le camp des scouts algériens de Sidi-Ferruch, qui abrite plusieurs fugitifs recherchés comme lui par la police.
5 000 détenus, selon les chiffres officiels ? 10 000, selon les notables algériens ? peuplent bientôt les camps d’internement du Sud? (Bossuet, Méchéria, Aumale, etc.), les prisons d’Alger et de Maison-Carrée, la prison d’Oran, celle de Lambèse dans l’Aurès, celle de Koudiat à Constantine (où est envoyé un Européen, alors communiste, le Dr Catouard, qui a protesté contre la répression). La justice est expéditive et sévère : un Algérien de Bône est condamné à deux ans de prison ferme pour  » outrage par regard à sous-préfet « . Les sentences des tribunaux militaires frappent 1500 personnes (99 condamnées à mort, 64 aux travaux forcés à perpétuité, 329 aux travaux forcés à temps). La plupart emprisonnés et des internés seront élargis à l’occasion d’une grande amnistie, en mars 1946, mais certains des condamnés tel le militant P.P.A. de Kouba, Amar Foughali, ne seront libérés que dix-sept ans plus tard, quand l’Algérie deviendra indépendante.
Les événements de mai 1945 marquent une date cruciale dans l’histoire de l’Algérie, car ils creusent le fossé entre la communauté européenne et la communauté musulmane.
On peut observer, en 1955, que si la rébellion algérienne a commencé dans l’Aurès et s’est étendue à la Grande Kabylie, c’est dans le quadrilatère Bougie Sétif – Souk-Ahras – Bône qu’elle s’est le plus profondément implantée. Ce quadrilatère, c’est le territoire de la wilaya 1. La zone où la semaine sanglante du 9 au 16 mai 1945 a fait le plus de victimes. La guerre d’Algérie a commencé, en vérité, en mai 1945.

(1) Mohamed Khider, Ben M’Hidi, et Rabah Bitat seront trois des neuf chefs historiques, qui neuf ans plus tard, le 11?1 novembre 1954, déclencheront la révolution.
(2) Futur président du G.P.R.A. à l’heure de la signature des accords d’Evian.
(3) Participera comme plénipotentiaire à la première conférence d’Evian, en 1961.

« Hors la loi »analyse du général Faivre, historien

Posté : 24 mai, 2010 @ 5:53 dans évènements d'Algérie, films.émissions TV | 5 commentaires »

Voici l’analyse du général Faivre, historien

Je n’ai pas vu le film, mais j’ai analysé le scénario.

Contrairement à ce que disent les historiens cités dans le Monde du 5 mai,

il ne s’agit pas d’une guerre des mémoires, mais d’erreurs historiques grossières,

conformes à la vérité historique du pouvoir algérien.

Maurice Faivre, historien

                                                     le Film HORS LA LOI

Scénario de Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb

Cette version du scénario comprend 134 séquences qui se suivent dans un ordre plus ou

moins chronologique, et dont l’histoire peut se résumer comme suit : >

Période 1935-1945.

Propriétaire dans la région de Sétif, M. Souni a trois fils qui sont les héros de cette histoire

:- Messaoud, 15 ans, transpire en bèchant les terres paternelles,

- Abdelkader, 14 ans, lycéen studieux, rédige contre un pourboire les rédactions de

Gimenez, un riche pied noir bien habillé mais paresseux et cancre,

- Saïd, 13 ans, cireur de chaussures, est rabroué par les commerçants de Sétif.

Le caïd arrive en jeep et présente une ordonnance du tribunal les expulsant de leur terre au profit d’un colon. Ils se réfugient en banlieue de Sétif.

Le 8 mai 1945, les colons tirent par les fenêtres sur les manifestants, la mitrailleuse des

gendarmes fauche des dizaines d’Arabes ; accompagnés du caïd, les sénégalais fouillent

les mechtas et tuent Souni et ses filles.

Abdelkader est fait prisonnier par le lieutenant Gimenez, son ancien camarade ; il est

interné à la prison de la Santé. Saïd venge la famille ; il tue le caïd à l’arme blanche et lui

vole son argent.

Ces crimes de 1945 sont illustrés par des images d’archives : soldats en France et en

Algérie, de Gaulle signant l’armistice !, bombardement des villages, tir sur des Arabes

devant une raïma et dans une maison, morts alignés sur la route, puis jetés dans les

gorges de Kherrata.

Période 1945- 1954

- Saïd amène sa mère au bidonville de Nanterre et se reconvertit dans la prostitution à Pigalle ; il élimine ses concurrents corses et monte une salle d’entraînement à la boxe,

- Messaoud s’engage ; il est parachuté au Vietnam où il incendie des paillotes ; prisonnier à Dien Bien Phu, il assiste au camp 113 à l’autocritique du colonel Mattei. Les images d’archives célébrent la victoire d’Ho Chi Minh.

- Abdelkader est endoctriné en prison ; rallié au FLN (avant que celui-ci n’existe), il est libéré, devient collecteur de fonds et responsable de zone 1 à Paris.

Période 1955-1962

Messaoud est rapatrié du Vietnam, il rejoint Paris et travaille chez Renault avec Abd el Kader ; il se rallie au FLN et devient chef de commando, il entraîne ses équipiers au stand de tir de Pigalle, étrangle un responsable MNA et un réfractaire à la cotisation FLN ; marié à Zohra, il éprouve quelques remords.

- le colonel Mattei, affecté au SDECE, conseille le préfet Papon, il crée une cellule Main rouge qui noie les suspects dans le canal ou les livre pour exécution aux harkis de Paris; les policiers fouillent et cassent ;

- Abd el Kader refuse l’amour d’Hélène, costumière de théâtre et porteuse de valise ; grâce à un policier musulman, il pénètre dans un commissariat et tue le tortionnaire Picot ; Messaoud lui fait rencontrer le colonel Mattei ; ils essaient de se convertir l’un l’autre (sic) ; Mattei ferme le cabaret de Saïd,

- Messaoud pénètre dans une caserne des harkis et élimine toute une unité,

- le FLN incendie les dépôts d’essence en métropole,

- Saïd, qui hésite à rallier le FLN, recrute le Kid d’Alger, un boxeur qui met KO le champion de France-Nord ; il faut qu’il batte les Français et les nègres (sic), mais Abd el Kader refuse qu’il participe au championnat de France, il le réserve pour le championnat de l’Algérie indépendante ; il contraint Saïd à l’éliminer.

-après une nuit d’amour avec Abd el Kader, Hélène est tuée dans l’explosion de sa voiture piègée par Mattei.

-Abd el Kader et Messaoud se rendent dans une usine allemande d’armements, ils ramènent dans un port français deux bus chargés d’armes, ils sont surpris par Mattei au moment où ils vont charger un cargo tchèque ; une bagarre dans un entrepôt se termine par la mort de Messaoud, qu’un docteur français bienveillant ne peut sauver; la mère des garçons se griffe le visage de douleur,

- lors de la manifestation du 17 octobre 1961, Abd el Kader est tué dans le métro par un policier ;

Mattei s’exclame : tu as gagné !.

- en 1962, Saîd ramène sa mère et Zohra dans leur maison de Sétif, à moitié détruite. Ils regardent les photos de famille abandonnées par les colons.

                                                              COMMENTAIRES

La lecture du scénario inspire des réactions de rejet, que la vision des images pourra

éventuellement corriger. Mais il ne fait pas de doute que les séquences décrites présentent une vision anticolonialiste et antimilitariste des évènements. Un certain nombre de faits sont réels, mais ils sont généralement instrumentalisés sous une forme antifrançaise.

On peut comprendre l’idéologie nationaliste des frères algériens de Bouchareb, à condition de ne pas masquer son aboutissement : l’anarchie de l’été 1962, l’échec du combat pour la démocratie, la mise en place d’une dictature militaire diffusant une culture de guerre, la corruption de certaines élites, la révolte des kabyles et le terrorisme des islamistes radicaux.

D’autre part, la vérité historique est gravement malmenée. Voici quelques exemples :

- la spoliation des terres a été pratiquée au 19ème siècle, mais à partir des années 1920, ce sont plutôt les Algériens qui achètent des propriétés agricoles ; les notaires de Sétif n’ont enregistré aucune expropriation, sauf pour cause d’intérêt public (barrage de Kherrata),

- la jeep n’existait pas en 1935 ;

- le FLN et le MNA sont nés en 1954, et non en 1945,

-les images d’archives sont falsifiées (films de 1955 transposés en 1945 – bombardements aériens et

maritimes non filmés en Algérie

- de Gaulle signant l’armistice (sic) de 1945 avec Churchill, Roosevelt et Staline)

- les premières victimes à Sétif ont été des Européens ( 28 morts et 42 blessés graves) ; selon le

général Tubert, chargé de l’enquête officielle, il y eut moins de 40 morts algériens ; tout était terminé le 8 mai à midi ; il n’y a pas eu à Sétif de tirs des colons par les fenêtres, ni de tirs de gendarmes à la mitrailleuse,

- le film épargne les tirailleurs algériens, qui sont cependant intervenus à Sétif ; la mise en scène des Sénégalais ne peut qu’encourager le racisme anti-noir, or les Sénégalais ne sont pas intervenus en ville de Sétif où résidaient les héros du film

- la répression du 8 mai fut rapide et sans doute trop brutale, mais ce n’est pas un génocide ; 45.000 est à peu près le nombre des manifestants ; les historiens compétents font une estimation de 3.000 à 6.000 victimes musulmanes,

- les suspects arrêtés en mai 1945 n’ont pas été transférés à Paris et ont bénéficié de l’amnistie de 1946,

- Messaoud, affecté au 3ème RTA, ne pouvait pas être parachutiste ; après 10 ans de service, il aurait dû être au moins sergent,

- le SDECE était chargé de la lutte contre le FLN hors de France, où la DST était compétente ; les cartes d’identité ne révélaient pas l’appartenance à un service secret,

- de Gaulle en 1954 n’était pas aux affaires

- des harkis de Paris ont été tués au combat, mais leurs casernes n’ont pas été prises par le FLN ;

en revanche les harkis de Paris ont démantelé la plupart des commandos de choc du FLN à Paris (réf. Rémy Valat)

- la Main Rouge est une organisation de contre-terroristes qui a sévi en Tunisie ; en métropole, il s’est agi d’un canular monté par le commandant Garder (rapport de la S/direction des Affaires criminelles du 6 août 1961),

- c’est le FLN et le MNA qui ont pratiqué des noyades dans la Seine tout au long de l’année 1961 ; la responsabilité de la police n’est signalée que dans un seul cas, qui reste d’ailleurs à confirmer ;

-la police ne s’est pas livrée à des explosions de voiture en métropole,

- le passage d’autobus américains de RFA en France n’est pas vraisemblable, il y avait des ports en Allemagne pour charger l’armement. AEK et Messaoud avaient-ils le permis de conduire des cars ?

                                                  DOCUMENTS D’ARCHIVES

Des documents officiels contredisent la thèse du génocide de 1945. Ils sont ignorés de Bouchareb :

- Message du général de Gaulle au Gouverneur général : « Prendre toutes mesures nécessaires

pour réprimer tous les agissements anti-français d’une minorité d’agitateurs »

- dans son Testament (1994), Ferhat Abbas condamne « les organisateurs d’émeutes, ceux qui avaient poussé à la violence des paysans désarmés…ceux qui tels des chiens sauvages se sont jetés sur Albert Denier, secrétaire de la section communiste, auquel un salaud sectionna les mains à coup de hache »

- la délégation du parti communiste auprès du GG, composée de Joannes, Ouzegane et Caballero, dénonce le 10 mai « les provocations des agents hitlériens du PPA… », (référence probable au CARNA)

- le colonel Bourdilla, commandant la Subdivision de Sétif, donne l’ordre formel ( le 8 mai à 9.00h) de ne pas tirer, sauf cas de légitime défense.

D’autre part, le colonel Montaner, qui commandait la Force de Police auxiliaire, dément la thèse du massacre massif et des dizaines de corps jetés dans la Seine le 17 octobre 1961 (revue Guerres mondiales et conflits contemporains, n°206/2002).

Faut-il rappeler qu’au 19ème siècle, la colonisation n’est pas considérée comme un crime ; c’est

même une idéologie républicaine

que célèbre Victor Hugo : « un peuple éclairé va trouver un peuple dans la nuit ». Albert Sarraut et Léon Blum expriment les mêmes sentiments.

On reste ébahi, écrit le préfet Ben M., devant tant d’erreurs d’ordre historique, matériel,

chronologique et même intellectuel, et tant d’amalgames…Le peu de vraisemblance

 historique apparaîtra au plus naïf des spectateurs français, mais il faut se rendre compte que ce scénario a été écrit pour un autre public, algérien et populaire…Il en résulte la conclusion que le film est mauvais, mais aussi que le cinéaste est mauvais et infantile…En fait c’est une provocation, très volontaire,qu’ont voulue les producteurs et les sélectionneurs, à la fois dans un but commercial pour les uns, politique pour les autres.

Ce film n’est donc pas de nature à apaiser les relations franco-algériennes, ni la haine des jeunes instrumentalisés par le radicalisme politique.

La Djihad 8 mai1945

Posté : 14 mai, 2010 @ 12:06 dans évènements d'Algérie | 5 commentaires »

La Djihad.
Massacre des européens à Sétif le 8 mai 1945

Par Maurice VILLARD
Tiré de l’ouvrage: La Vérité sur l’insurrection du 8 mai 1945 dans le Constantinois .Menaces sur l’Algérie Française de Maurice VILLARD.

ACEP ensemble N° 237 avril 2003

Nous sommes le 8 mai 1945 à Sétif. La ville est entièrement décorée, les bâtiments officiels ont arboré le grand pavois. Toutes les maisons, les immeubles, appartements des européens sont recouverts d’emblèmes tricolores. Plusieurs manifestations officielles sont programmées et la population européenne s’apprête à y participer dans la joie et l’euphorie.Un grand défilé, traversant la ville, avec la participation de toutes les autorités, les anciens combattants, les diverses associations représentatives, les enfants des écoles, devait aboutir à dix heures au monument aux morts avec un dépôt de gerbes. l’après-midi, au stade municipal, une grande manifestation est prévue avec lever des couleurs, préfigurant le prochain retour de tous les militaires et particulièrement du glorieux régiment le 7ème RTA en garnison en ville, qui vient de se couvrir de gloire pour libérer la mère Patrie.Dans les rues, tous les jeunes arborent des rubans tricolores à tel point que les magasins de la ville ont épuisé leurs stocks.Pourquoi un tel enthousiasme ? Il est nécessaire de rappeler que la population européenne dans son ensemble, a payé un tribut écrasant à la guerre. Depuis le déclenchement des hostilités avec l’Allemagne et l’Italie en 1939, puis en 1942 le 8 novembre, avec le débarquement des anglo-américains en Afrique du Nord, tous les hommes en âge de porter les armes sont mobilisés.Beaucoup, prisonniers lors de la débâcle de 1940, réussissent à s’évader, puis ils reprennent le combat en Tunisie sans entraînement, en guenilles avec des armes d’une autre guerre, ils réussissent à briser la contre attaque allemande alors que les troupes américaines battaient en retraite. Lors de combats sanglants ils ont réussi à vaincre les forces de l’axe et à libérer avec Tunis, l’Afrique du Nord. Puis dotés par les américains de tous les équipements et armes modernes, ils sont engagés sur tous les théâtres d’opérations les plus meurtriers.
Ils se couvrent de gloire en Italie, sur le Garigliano, à Monte Cassino, s’emparent de Rome, Florence, Sienne. Ils libèrent l’île d’Elbe, la Corse, puis la Provence avec la reconquête de Toulon, Marseille. Ils remontent la vallée du Rhône, ils livrent de terribles combats dans la neige et le froid en Alsace, franchissent le Rhin de vive force pour arriver sur les bords du Danube.Cela va permettre à la France vaincue, humiliée en 1940, grâce à cette armée de français d’Afrique, de retrouver son rang de grande puissance et de pouvoir prendre part, avec les alliés, à la signature de la paix.Peut-on compter la somme de sacrifices consentis par tous ces hommes, nombre d’entre eux ont passé 7 années mobilisés au service de la France, alors qu’ils ne sont ni engagés, ni militaires de carrière. Les actions d’éclat, les actes héroïques ne peuvent être comptabilisés. Ceux qui, hélas, ne sont jamais revenus se comptent, il n’y a pratiquement aucune famille qui ne peut déplorer la mort de l’un des siens. »Ceux qui ne sont plus là, morts pour la Patrie, sont aussi bien nos pères, nos fils ou nos époux, beaucoup n’avaient pas même vingt ans ».L’armistice c’est l’arrêt des combats, la fin des interrogations et du cauchemar pour toutes les familles.L’espoir de revoir les êtres chers avec la démobilisation, voilà ce qui motive la joie de toute la population.

La Djihad 8 mai1945 dans évènements d'Algérie 8mai-1

Perspective sur le début de l’avenue Georges Clémenceau. A droite le bâtiment blanc du mess des officiers et son parc. A gauche, le lycée Eugène Albertini. Au loin se dressent le nouveau quartier de la pinède. Au sommet de la colline, le moderne hôpital civil. Le regroupement des manifestants venant du sud et du nord s’est effectué sur le rond-point central pour s’engager dans l’avenue Georges Clémenceau.

Il est, je pense, nécessaire pour la vérité de l’histoire de rappeler que dans les trois départements d’Algérie, la mobilisation des Français, a atteint le chiffre de 16,40 % de la population française.
C’est le chiffre le plus élevé jamais atteint.

Alors que les mêmes classes d’âge en métropole, pour certaines, n’ont pas été mobilisées et que lors de l’avancée de l’Armée d’Afrique, il n’y eut pratiquement pas d’engagés volontaires pour rejoindre cette armée victorieuse et chasser l’allemand de France.

Ce sont donc vingt classes de Français d’Algérie, plus de 160.000 hommes qui sont mobilisés, expédiés en Europe. L’Algérie est privée de ses forces vives, il n’y a pratiquement plus d’hommes dans les foyers européens.
Hélas ! Obnubilés par tous ces sentiments, les européens oublient les réflexes de prudence. Pourtant la nervosité, l’arrogance, les incidents qui se multiplient, les manifestations du 1er et du 7 mai sont autant de signaux indiquant un grand danger.

Mais ce sont les Autorités qui ont l’écrasante responsabilité des tragiques événements qui vont se dérouler. Le doute n’est pas permis. Elles sont parfaitement informées de l’imminence de l’insurrection, elles n’ignorent pas que le jour de l’armistice a été retenu pour donner le signal de la djihad et du massacre des européens.
Aucune mise en garde, aucune mesure de précaution dans les villes et les villages, les fermes, les maisons forestières. On a le droit de se poser la question : a-t-on voulu de façon délibérée sacrifier les Européens et les musulmans fidèles ? la réponse ne peut être qu’affirmative.

Les meneurs de l’insurrection ont eux, bien préparé leur action et leur moment où l’Algérie est vidée de ses hommes valides. Les effectifs des forces de maintien de l’ordre, police, gendarmerie et de l’armée sont obsolètes, la population européenne toute à la joie de fêter la victoire devient une proie sans défense.

LES EUROPEENS.

Dès le matin, le 8 mai à Sétif, les terrasses qui bordent l’avenue Georges Clémenceau au centre de la ville européenne, sont prêtes à accueillir la grande foule.

Les écoliers et les collégiens sont les premiers ; l’un d’eux, avec son violon, joue des airs patriotiques. Pourtant venant de la cité du faubourg de l’Industrie, il vient d’être agressé par un groupe d’indigènes. Il n’est pas encore huit heures et les rues sont animées par de nombreux groupes qui se dirigent vers le centre ville afin d’être présents aux cérémonies.

LES MUSULMANS.

De très bonne heure, ils commencent à se regrouper au nord de la ville devant le Parc à fourrage, situé non loin de la mosquée de la rue des Etats Unis et du domicile de M. Ferhat Abbas. De tous les quartiers arabes de la ville, de tous les douars environnants affluent des cohortes d’hommes. L’immense terrain vague, les champs jouxtant le Parc à fourrage ne suffisent pas à contenir cette masse humaine qui déborde largement vers les quartiers environnants. Pour la mettre en condition, le rassemblement est sonné au clairon par le dénommé Sakri Beghir Embarek du P.P.A. La tête du cortège se forme devant la mosquée sous les ordres de Bella Belkacem dit Hadj Slimane et de Ben Touami Aïssa.
Les musulmans ont demandé l’autorisation d’organiser un défilé, ne voulant pas se mêler à celui organisé officiellement. Le sous-préfet leur a délivré l’autorisation sous réserve qu’il ne prenne aucune connotation à caractère politique.
C’est le Commissaire Lucien OLIVIERI qui a été chargé de négocier, avec les responsables, les conditions exigées par le sous-préfet.
Aucune bannière ou autre symbole revendicatifs, aucun drapeau autre que celui de la France ne doit être déployé ; les slogans anti?français ne doivent pas être scandés. Aucune arme, ni bâtons, ni couteaux ne sont admis.
Le Commissaire, la veille au soir, a obtenu l’accord formel des responsables, ainsi que celui du Chef de la troupe des Scouts El Ayat, que ces conditions seront respectées ?Tous lui ont donné leur parole ?
Cependant, les autorités n’ignorent pas que malgré cette parole donnée, les meneurs parcourent les quartiers arabes de la ville, les douars, donnent des ordres afin que tous les hommes valides soient présents dès le mardi matin à la première heure à Sétif; ils annoncent que l’heure du combat est arrivée, que la djihad va être déclarée afin d’exterminer les roumis et que l’on comptera ceux qui ne seront pas présents.
Les Autorités Françaises sont informées de tout cela dès le lundi soir.
C’est à 7 h 30 que l’ordre du départ du cortège est donné; il démarre lentement.
En tête les Scouts El Ayat formant un groupe compact bien aligné, environ 250, en tenue, foulard vert et blanc entonnant leurs chants nationalistes, marchant à petits pas cadencés. Saad Bouzid porte leur drapeau, emblème de l’indépendance.
Le nombre des participants est énorme: on peut le chiffrer à bien plus de 10.000 hommes qui se dirigent vers le centre ville, empruntant la route de Bougie, l’avenue du 18 juin, la rue du 3ème Zouave, l’Avenue Albert 1 er, la rue Ben Badis, l’Avenue Jean Jaurès, pour tous ceux qui viennent du nord et de l’est. Ceux qui viennent du sud et de l’ouest arrivent par la porte de Biskra, le Boulevard Général Leclerc, pour ne former qu’un seul et même cortège devant le mess des officiers et déboucher ainsi sur l’Avenue Georges Clémenceau. Ce qui frappe, tous les témoignages sont concordants, c’est l’organisation des manifestants bien encadrés, disciplinés, les scouts faisant du sur place pour permettre à tous d’intégrer le cortège. Ce n’est pas la cohue du mardi précédent. L’intention de provoquer est évidente, sinon ce n’est pas cet itinéraire qui aurait été emprunté.
On en revient donc à la question posée. Pourquoi la police ne dévie-t-elle pas les manifestants vers les boulevards extérieurs ? Cela aurait été possible.
Simplement parce qu’elle n’en a pas reçu l’ordre.

Nous allons voir qu’elle manque totalement d’effectifs, mais cela aurait été possible en faisant appel à l’armée, ce que n’a pas fait le sous-préfet, mais n’avait-il pas reçu des ordres supérieurs ?
L’Avenue Georges Clémenceau est donc complètement occupée sur ses 18 mètres de large par cette masse humaine, composée essentiellement d’hommes jeunes et déterminés avec à la main comme armes, des « débous ».
La parole donnée est bafouée, malgré les engagements pris la veille, de nombreuses pancartes et banderoles sont brandies. On peut y lire « libérez Messali », « vive l’Algérie indépendante », « à bas la France », « l’Algérie est à nous ». Il y a au moins deux banderoles écrites en anglais dont nous n’avons pas la traduction.
En tête, autour d’un groupe très compact, apparaît un drapeau vert et blanc avec un croissant et une étoile rouge, un autre drapeau aux couleurs du prophète.
Surprise ! des « you-yous » stridents se font entendre, ainsi que des slogans hostiles à la France scandés en arabe par les meneurs et repris par la masse.
L’insurrection éclate. Intervention du Commissaire OLIVIERI -
Ce dernier reçoit l’ordre du sous-préfet de stopper le cortège et de saisir les bannières séditieuses.
Il a à sa disposition autour de lui comme force de l’ordre une dizaine d’agents de police et quatre inspecteurs de la P.J. Il donne ses instructions, les policiers doivent s’intercaler, afin de stopper la progression du cortège, entre le groupe de scouts et le reste des manifestants.
La manœuvre se déroule bien, les policiers se déploient sur toute la largeur de l’avenue, les scouts s’arrêtent à hauteur du café de France.
Aussitôt le Commissaire, avec un sang froid et un courage remarquables, ayant à ses côtés les inspecteurs Raoul HAAS et Norbert FONS, sans aucune arme apparente, s’avance et entre au milieu du cortège. S’adressant aux responsables qu’il connaît bien, leur rappelant leurs promesses de la veille, leur demande de faire disparaître les bannières et les drapeaux séditieux. N’étant pas entendu, il s’approche du porteur du drapeau et essaie de le lui arracher des mains. Le Commissaire est alors bousculé, jeté à terre mais protégé par les deux inspecteurs au milieu d’indigènes hargneux et menaçants. Des cris fusent: « ouktelhou, eddeblhou » – tuez-le, égorgez-le.
Un des meneurs sort un pistolet ; le Commissaire alors craignant pour sa vie, sort son pistolet de service et pour se dégager, tire un coup de feu en l’air.
Immédiatement, un second coup de feu éclate, tiré du cortège, on entend un hurlement : c’est la petite Nakache qui se trouve avec ses parents et qui vient d’être mortellement blessée devant le café de France. Elle est la première victime.

LE MASSACRE DES EUROPEENS.

C’est le signal de l’émeute, la ruée dans les rues de la ville pour tuer les Européens.
Les armes sortent de dessous les djellabas et les burnous. Tout sert de projectiles, les tables, les chaises, les carafes et les verres volent à travers les arcades. Les européens se réfugient dans les commerces, dans les couloirs d’immeubles, chez les particuliers qui leur ouvrent leurs portes.
La masse des manifestants s’engouffre dans toutes les rues du centre ville. C’est la chasse aux roumis qui commence, malheur à ceux qui ne trouvent pas de refuge, ils sont entourés, abattus à coups de « débous » sur la tête, exécutés au couteau, sauvagement achevés. Tout cela, avec les you?you » stridents des femmes musulmanes encourageant ainsi ces atroces et lâches assassinats d’européens désarmés.
Les assaillants sont armés de « débous », dont certains avaient été munis de lames de rasoirs, de « boussaadis », de hachoirs, de faucilles, de haches, de pierres apportées par pleins couffins. Les meneurs possèdent quelques armes à feu. Les européens sont assassinés avec une sauvagerie indescriptible ; isolés, ils sont entourés par des groupes qui les abattent à coup de débous sur la tête, les lardent de coups de boussaadis ; certains sont éventrés, émasculés, le crâne écrasé à coups de pierres.

Voilà le scénario horrible qui s’est déroulé dans le centre de la ville et au marché aux bestiaux, pendant deux bonnes heures, encouragé par les you?you et les cris de  » n’katlou en nessaara  » ? tuez les européens ?
La ville résonne des coups de matraques sur les rideaux métalliques, sur les portes et les fenêtres, des cris sauvages, des injures et des imprécations des assassins, des supplications et des hurlements des victimes.
L’intervention, bien tardive, de l’armée, met en fuite ces hordes barbares qui laissent derrière elles un spectacle abominable. C’est l’horreur, la vision d’un champ de bataille. Des corps affreusement mutilés et méconnaissables gisent par terre, de grandes flaques de sang noirâtre où les mouches s’agglutinent. L’Avenue Clémenceau dans toute sa largeur ainsi que les arcades qui la bordent, sont jonchées de chaises, de tables disloquées, d’éclats de verres, de vêtements, de chaussures abandonnées.
Les rideaux métalliques, les portes s’entrouvrent, les secours s’organisent immédiatement ; les médecins, pharmaciens, infirmiers et infirmières sont appelés de toutes parts et se dévouent sans relâche, aidés par tous les habitants du centre.
Les blessés graves sont transportés à l’hôpital ; les bars et brasseries sont transformés en infirmerie ; on panse, on soigne, on réconforte les moins gravement atteints. Les corps sans vie sont ramassés, recouverts et transportés à l’hôpital.

8mai-2 dans évènements d'Algérie

Deux des victimes de la barbarie.

LES FORCES DE L’ORDRE
REPRENNENT LE CONTROLE DE LA VILLE.

- Les ordres du Général Henry MARTIN, commandant le 19ème corps et la Xème région militaire à Alger ?
Le 7 mai au soir, tous les renseignements reçus à Alger par le Gouverneur Général, prévoient des manifestations de la part des indigènes et des troubles pour le lendemain. Le Général Henry NIARTIN, prescrit immédiatement à ses trois divisions territoriales ? Alger, Oran, Constantine ? de consigner les troupes avec leurs officiers et de constituer des piquets en armes.
- La Subdivision militaire de Sétif en état d’alerte -
A Sétif, le Colonel BOURDILLA, commandant la subdivision n’a à sa disposition que quelques sections de la base arrière du 7ème régiment de tirailleurs algériens ?R.T.A.? composées en forte majorité d’indigènes. Les officiers disponibles sont les Commandants ROUIRE, MAZZUCA, BIRABEN, BOBILLON, les Capitaines SIRAND, SIMONPIERI, les Lieutenants ZEKOWITZ et BOISSENOT.
Le 7 mai au soir, appliquant cet ordre, le Colonel BOURDILLA, prescrit la prise de certaines dispositions d’alerte.
Le 8 mai, dès 5 heures du matin, il fait rassembler dans la cour du quartier Chadeysson, deux compagnies en armes du G.Ul. 2 1. Les faisceaux sont formés dans la cour et les hommes prévenus qu’ils devront les rejoindre sur un simple coup de sifflet. L’ordre est donné au chef du détachement d’éviter à tout prix, en cas d’intervention, de faire usage des armes, sauf dans le cas de légitime défense.
- Le sous préfet signe l’ordre de réquisition de la force armée ?
C’est à 8 h 45 seulement que le sous-préfet, M. BUTTERLIN, rend visite au Colonel commandant la subdivision, le met au courant des rassemblements indigènes et lui laisse un ordre de réquisition de la troupe, dûment signé par lui et établi selon la formule prescrite par la loi, pour valoir dans le cas où il demanderait l’intervention des troupes.
A 9 heures, un agent de police, descendant d’une voiture dans l’allée qui borde la subdivision, se précipite vers le colonel, lui criant : « mon colonel, on tire du côté du café de France ».
L’armée intervient.
Aussitôt, l’ordre est donné au chef de bataillon ROUIRE, de prendre le commandement du détachement d’alerte et de se rendre au plus vite vers le point où éclatent les troubles, dans le centre ville. La troupe s’y rend au pas cadencé, elle y arrive à 9 h 06. Son apparition soudaine disperse les manifestants et dégage le centre ville. Exécutant la mission qui lui est donnée, le Chef de détachement, sans faire usage des armes, précédé de quatre clairons, fait évacuer les rues principales, arrête tout individu porteur d’une arme, de bannières et poussant des cris séditieux.
A 9 h 45, une troisième compagnie reçoit à son tour l’ordre de se rendre en ville afin d’assurer la garde de la sous préfecture, de la mairie et de l’hôtel des postes, de surveiller et de nettoyer les rues avoisinantes.
- Intervention au marché aux bestiaux ?
A 11 h, le chef de bataillon ROUIRE reçoit l’ordre de faire évacuer le marché aux bestiaux où plusieurs milliers d’indigènes sont rassemblés. Il dispose d’une compagnie. L’ordre formel est donné de ne faire usage des armes qu’en cas de légitime défense. Repoussant les manifestants à coups de crosses, sans tirer un seul coup de feu, malgré la découverte de cinq cadavres d’européens affreusement mutilés et méconnaissables. Gradés et tirailleurs, magnifiques de sang froid et de discipline, exécutent avec un plein succès cet ordre très difficile. A 14 h 30 tous les groupes sont désarmés, des armes de toutes sortes s’amoncelaient, il y avait des débous, des couteaux, quelques armes à feu. L’armée en cette occasion prouve de façon indiscutable que son sentiment du devoir est placé plus haut que toutes les passions.
A 15 h, la compagnie, en place au carrefour des rues Sillègue et Clémenceau, reçoit l’ordre de se porter sur la route d’Ain Trick à hauteur de l’abattoir. Des bouchons sont placés à toutes les issues principales, interdisant l’accès de la ville à tous les étrangers.
Le sous-préfet fut mis aux arrêts en résidence surveillée à la sous préfecture même, gardé par un sous officier ? FILLON Gilbert et quatre tirailleurs ? sur ordre du Général commandant la division de Constantine.
Les forces militaires, les Gardes mobiles, auraient dû être déployés aux principaux carrefours du centre ville afin de barrer et de dévier le cortège musulman, cela aurait épargné des dizaines de vies humaines.
Le secret le plus épais entoure le comportement du sous-préfet. Il a certainement agi sur ordre supérieur, aucune preuve formelle n’a pu être apportée. Mais sur ordre des Autorités Supérieures civiles d’Alger, il fut relâché et participa, aux côtés de toutes les autorités, à la grande cérémonie de l’aman sur la plage de Souk el Tenine.

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Le 10 mai, la population européenne enterre ses morts.

A midi, les forces de l’ordre ont repris le contrôle de la situation, les manifestants refluent, par petits groupes, ils se dispersent, s’enfuient, regagnant leurs quartiers, leurs douars.
Le calme est pratiquement rétabli. Aucune maison n’a été incendiée, aucune porte défoncée, tous les assassinats ont été commis dans les rues. Les européens n’ont pu se défendre, riposter, ils ne sont pas armés, ils se sont barricadés chez eux. Le Général DUVAl~ accompagné du Préfet de Constantine M. LESTRADE CARBONNEL, arrive en soirée. Sa présence apporte à la population meurtrie un certain réconfort ; à cette dernière qui demandait des armes, il la dissuade de se constituer en milice de défense, car dit-il, les renforts arrivent.
Cette première nuit est lugubre, la population veille ses morts. Ce sont vingt neuf cercueils qui sont disposés dans une chapelle ardente. Les blessés eux ne se comptent pas, certains gravement atteints décéderont dans les jours suivants.
Les renforts militaires commencent à arriver par la route, mais aussi par chemin de fer.
Dès le matin, on apprend que l’émeute s’étend vers les villages du nord qui bordent la Petite Kabylie. C’est l’angoisse, l’incertitude. Les nouvelles les plus contradictoires faisant état de nombreuses victimes, de villages incendiés, aggravent le malaise.
Une chapelle ardente est organisée pour l’ensemble des victimes dans la salle des fêtes de la mairie.

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Les généraux Henry Martin et Duval apportent à la population un certain réconfort.

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Fin mai à Sétif, le Général Duval salue l’étendard du 7ème RTA de retour de sa glorieuse épopée.

Le 10 mai, la population européenne, dans un interminable cortège, traversant les rues, les avenues désertes, conduit les siens à leur dernière demeure.
La cité est en deuil, l’émotion à son comble, le glas résonne et semble ne pas vouloir s’arrêter. Le silence est seulement entrecoupé de longs sanglots.

Le Gouverneur Général Yves CHATAIGNEAU, dans un silence glacial, fait une brève apparition en civil ; il n’a même pas eu la dignité de revêtir son uniforme afin d’honorer les victimes.

Dans les jours suivants se déroulent d’autres obsèques.
De nombreux blessés arrivent des villages environnants, ainsi que des familles entières de réfugiés qui ont tout perdu. C’est le lot quotidien des drames.

Puis la vie reprend lentement et difficilement. Il faudra beaucoup de temps pour cicatriser les plaies de la cité martyre, mais personne ne pourra jamais oublier.
Le 24 mai, le glorieux RTA est de retour d’Allemagne.
L’école ne reprendra que le 13 juin.

à suivre : La répression )http://mdame.unblog.fr/?p=2010&preview=true

Le sourire des assassins

Posté : 1 février, 2008 @ 12:37 dans Emissions TV, évènements d'Algérie, films.émissions TV | 2 commentaires »

                                     Le sourire des assassins dans Emissions TV 2601080306sy3                               

Les porteuses de feu
film de Faouzia Fekiri, présenté par FR3 le 26 janvier 2008

En 1957, une trentaine d’algériennes, âgées de 16 à 20 ans sont engagées dans la guérilla urbaine menée par le FLN contre la colonisation française. Ces «poseuses de bombes» sont devenues les figures emblématiques de l’épisode le plus meurtrier de la guerre d’indépendance: «La bataille d’Alger». Faouzia Fekiri, journaliste et réalisatrice algérienne, a pu rencontrer quelques-unes d’entre elles, devenues aujourd’hui sénatrices ou femmes au foyer. Pour la première fois, elles racontent leur histoire, et l’inexorable mouvement qui a changé des femmes en terroristes, des civils en cibles et des soldats en bourreaux. A l’aide d’archives, d’extraits de films de fiction, et de témoignages inédits à ce jour, ce film donne aussi la parole à des victimes des attentats.

C’est en ces termes que le film de Faouzia Fékiri nous a été annoncé. En réalité  » Ce sont les entretiens d’une journaliste algérienne Faouzia Fekiri avec une trentaine de jeunes algériennes, âgées de 16 à 20 ans, devenues des poseuses de bombes engagées dans la guérilla urbaine menée par le FLN contre la France en Algérie. Ces tueuses d’enfants, de femmes et de personnes âgées, sont devenues pour certains des « figures emblématiques » de la « bataille d’Alger ».arton7089-1116420553 dans évènements d'Algérie Elles racontent leur histoire qui les a transformées de jeunes filles bénéficiant de la civilisation occidentale en terroristes assassinant des civils désarmés. Ce documentaire donne, paraît-il, la parole à des victimes ayant survécu à leurs odieux attentats « Extrait de la lettre du Prof., dr. Gérard Lehmann.

  Drif Zohraposeuse de bombes et maitresse de Yacef Sâadi condamnée en 1958 à 20  Zohra+Drif dans films.émissions TVans de prison, puis graciée et libérée en 1962. Occupe aujourd’hui le poste de Vice Présidente du Sénat.0acomzohract6

« Pour ces jeunes filles BCBG, d´allure très européenne, habillées à l´européenne, elles en ont le look, dit l´une d´entre elles, rien de plus facile que de se fondre dans la foule retour de plage, qui s´attarde aux terrasses de café, de déposer son sac et de filer discrètement. C´est leur mission, leurs opérations, leur lutte contre l´armée française. Et avant même qu´on leur pose la question, nous avons la réponse: aucun regrets exprimés aucune pensée compatissante envers ses enfants ces femmes  tués ou mutilés « les états d´âme, c´est toujours pour nous, jamais pour eux »                                                                           

À Alger, en ces années 1956-1957, des bombes sont déposées dans des endroits publics, des cafés, des arrêts d´autobus, des stades, à des heures où les foules se pressent. Les explosions soufflent les vitrines, renversent les gens, les tuent, les mutilent, hommes, femmes et enfants. Des civils innocents.

 Durant tout le documentaire j’ai cherché en vain, comme avancé dans la bande annonce, la part faite aux victimes .  Où sont ces victimes innocentes, ces familles décimées, ces enfants mutilés, explosés? Où sont les photos de leurs corps sacrifiés, leurs cris, et leurs angoisses près de cinquante plus tard?

A cet endroit j’ai supprimé toutes les photos des enfants mutilés par ces bombes et elles étaient nombreuses  par respect pour les familles et les victimes.

Et la Télévision française ose nous présenter ces femmes qui n´ont pas fait le compte des morts, des mutilés, des estropiés, du pourcentage d´enfants qui ont été leurs victimes, et qui aujourd´hui sourient, paradent, détaillent leurs exploits, sans un mot pour la souffrance de leurs victimes et de leurs familles Oui elles  ont joué un rôle important mais n’ont, sans aucun état d »âme,  suivi les ordres : « Une bombe qui tue dix personnes et en blesse cinquante est psychologiquement plus efficace que l´anéantissement d´un bataillon français. Cette instruction de la Centrale aux « combattants » du FLN définit assez bien cette logique de la guerre: creuser un fossé de sang et de haine, provoquer la répression aveugle qui fera, chose tout aussi inacceptable, des civils innocents dans la population musulmane, animer ainsi l´engrenage maudit de la terreur et de la haine. »

Cependant dans un compte rendu de la présentation de ce film je lis :

A la salle Cosmos de Riadh El Feth a abrité, mardi dernier, la projection en avant-première du documentaire Les Porteuses de feu de la reporter et réalisatrice Faouzia Fekiri qui, émue, a déclaré rester sans voix, suite aux attentats perpétrés à Ben Aknoun et Hydra, en matinée de ce 11 décembre 2007... « Je pensais que mon pays avait fini avec ces déboires. On ne nous laisse pas tranquille. Le virus ne vient pas d’ici mais d’ailleurs » a-t-elle ajouté

Restée sans voix ? quel scandale sous-entendent-elles  ! Oser cette infamie!  Pourquoi ? Est -il plus scandaleux et stupéfiant d’oser tuer des Algériens pour  une idée une ambition aussi condamnable soit-elle ? Les victimes de lâches attentats ne sont-elle dignes de pitié que de votre côté ?   Avez-vous mesdames eu jadis une seule pensée de regrets, de compassion, pour ces enfants qui sont devenus, à cause de vous, des adultes toujours mutilés, sans bras, sans jambes ? Moi , j’ai eu pitié des victimes des attentats d’Alger et je les ai plaints et je l’ai dit …vous rien !  

Non le virus ne vient pas d’ailleurs , vous le traînez à la semelle de vos chaussures.  

« Ces femmes prétendent s´être battues contre l´armée française et contre les ultras colonialistes.

Assassiner un bébé ultracolonialiste, est-ce vraiment un crime? direz- vous.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

« J´aurais compris, ajoute le Prof., dr. Gérard Lehmann,  que l´on présentât ce film s´il avait été suivi d´un débat, avec, en regard, d´autres images, que l´on donnât la parole à certaines des victimes, à quelques uns de ces Français qui, comme Albert Camus, porté par l´espoir fou d´une Trêve civile, voulait au moins que l´on épargnât, des deux côtés, les civils innocents.

Les responsables de l´émission de FR 3 Les porteuses de feu auraient dû y réfléchir à deux fois avant de produire unilatéralement ce message de triomphe haineux qui, loin de servir la cause d´une hypothétique réconciliation, délivre un message négationniste, intellectuellement malhonnête, et insulte à la douleur du peuple pied-noir et de ses frères musulmans sur les deux rives de la Méditerranée.

Vous auriez pu au moins rebaptiser ce « documentaire » Le sourire des assassins. »

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Merci professeur, je vous emprunte ce titre.

Voici la réponse faite par la direction de FR3 à nos lettres de protestation qui ont submergé leurs services . Sans résultat d’ailleurs et même sans « repentance » pour ce scandale. FR3 a toujours bonne conscience !
docrponsefr3n3.doc

                                                       pochoirfrise104.jpg

Je sais que les pieds-noirs qui ont tant aimé cette terre d’Algérie ne peuvent se réjouir de voir que ces « porteuses de feu  » aient fait  des émules, mais pour  donner à réfléchir à celles qui ont semé le vent et récoltent la tempête voici un article publié sur El Watan, journal Algérien.

  docetvoicisurlejournalelwatand1.doc                                    

              

                  retour fleche_064                                                                                                              

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Les lendemains du 5 juillet 1962 à Oran

Posté : 29 septembre, 2007 @ 9:42 dans évènements d'Algérie, histoire | 25 commentaires »

Le lendemain du massacre la vie à Oran reprit presque normalement pour ceux qui n’avaient pas un des leurs parmi les disparus .

Presque aucune allusion au drame vécu dans les journaux les jours suivants, à la lecture des archives de l’Echo d’Oran, aujourd’hui, je suis choquée par ce silence.

. Moi-même j’allais le lendemain faire des courses rue de la Bastille, sans crainte particulière. Les magasins même ceux tenus par les Européens étaient ouverts.

Là je rencontrais un père d’élève musulman . Il était boulversé et me demanda ce que j’allais faire « après les vacances ». Quand je lui dis que je partais définitivement à la fin du mois, il eut cette phrase qui dépeignait bien les sentiments que partageait la population « indigène » que je côtoyais tous les jours.

:«Si vous partez que vont devenir nos enfants. ? Ne partez pas . Je vous assure que les « bandits  » qui ont commis ces crimes seront arrêtés et punis, on les connaît ; vous serez en sécurité comme avant!!!»

Les « bandits  » seront punis! je n’y croyais pas . Etaient-ce d’ailleurs des bandits et seulement des bandits ? Mais…

Le 12 juillet 1962 parut dans l’Echo d’Oran un article dont voici un extrait

«A près les évènements tragiques du 5 juillet, les responsables de l’ ALN s’étaient promis de châtier les coupables….» .

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Lisez… (Pour agrandir le texte : double cliquez sur l’image)

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La lecture étant difficile voici la transcription

Les lendemains du 5 juillet 1962 à Oran dans évènements d'Algérie rtf transcription.rtf

Que penser de cette action ? je cherche encore dans les archives la suite et le compte- rendu des « sanctions appliquées » si ….

à suivre : Les victime sont-elles encore au Petit Lac ? (cliquez)

                               retour à la page d’accueil     fleche_064 dans histoire    

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L’exode des Pieds-noirs :Il y a 45 ans :

Posté : 28 septembre, 2007 @ 5:44 dans évènements d'Algérie | 34 commentaires »

Il y a 45 ans ! Sur les quais d’Oran, devant cette Méditerranée tant aimée!

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                                        L'exode des Pieds-noirs :Il y a 45 ans : dans évènements d'Algérie numriser0004

Avec-Keystone-redimensionner dans évènements d'Algérie

 Quelques voitures sont incendiées avant l’embarquement

 Un dernier aurevoir ou peut-être adieu. Mais pourqui ce mouchoir agité : pour un père une mère, un frère restés sur le quai dans l’attente d’un embarquement prochain.

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departdespcheurscherchellimages2.jpg Les pêcheurs embarquent sur leur propre bateau. Certains pour l’Espagne mais d’autres plus téméraires pour la France. À leur arrivée à Sète ou à Port la Nouvelle, les pêcheurs locaux n’en croyaient pas leurs leurs yeux et leurs oreilles : traverser la Méditerranée avec son outil de travail ! et accompagnés de leur famille ! sans armes mais avec bagages !

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Ils quittent leur pays! car c’était leur PAYS !!!

Puis survint le départ. Car il n’était pas question de rester sur cette terre. En effet, la France fuyait. Nous avons dû l’accompagner dans sa fuite. Et pour beaucoup, ce fut l’accès au bateau.
L’accès au bateau! C’est en lui que, symboliquement, sont concentrés tous les ingrédients d’un traumatisme psychique d’une violence telle, qu’on a peine à l’imaginer de nos jours. Un traumatisme qui souvent, n’a pas manqué de développer des conséquences très graves, parfois mortelles chez les plus fragiles d’entre nous.

Aujourd’hui, après des dizaines d’années, il n’est pas facile de prendre la mesure de ce drame:
abandonner un pays, une ville, un village, un quartier, une maison ou un appartement. Dans lequel des personnes parvenues au crépuscule de leur vie avaient vécu leurs amours de jeunesse.

Regarder pour la dernière fois la chambre où souvent les enfants étaient nés. Dans laquelle parfois des enfants étaient morts. Jeter un regard sur les murs et s’interroger: « Que vais-je emporter ? Le crucifix? Des photos? L’ours de la petite fille?»
C’était une débâcle, oui, mais pas celle de notre peuple. L’armée française ramenait dans ses fourgons l’insulte et la honte d’une défaite qu’on lui avait imposé d’accepter. Et le peuple Pieds- Noirs, bien qu’il ait refusé cette défaite, devait en supporter seul l’impact émotionnel. C’est à lui que fut dévolu le rôle de l’assumer mentalement, psychologiquement et spirituellement.


Expliquons-nous : pour les Pieds- Noirs, la tristesse, la colère mais surtout la honte de la défaite. Pour les autres: la paix, l’unité française sauvegardée paraît-il, la force nucléaire française expérimentée une première fois au Sahara allait pouvoir se développer. Et surtout, « le lâche soulagement ». Ouf! C’est fini!!Alléluia! Nous sommes débarrassés de l’Algérie!

Extrait de « L’islamisme dans la guerre d’Algérie » du Dr Jean-Claude Pérez Chez Editions Dualpha – BP 58 -77120 Coulommiers

 

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L’évacuation des soldats Pieds-noirs de l’Armée française

texte de Jacques Blasco

Ce 8 juin, il fait un temps magnifique à Oran.Tôt le matin, je me présente à la caserne des tirailleurs à Eckmül où nous sommes attendus. Nous sommes plusieurs à nous diriger vers l’entrée de la caserne. Je retrouve là des camarades du cours complémentaire Jules Ferry. Des militaires du contingent nous guident vers un bâtiment où des gradés l’air désabusé contrôlent notre identité.Je ne sais pas où je vais, les militaires s’obstinent à ne pas répondre à nos questions.

En début d’après midi, nous sommes conduits vers des camions bâchés. Le convoi se met en route direction La Sénia.  à suivre 

 

Image de prévisualisation YouTube

lavalise1.jpg                         Pauvres Pieds-noirs!Oubliés de l’histoire!

A suivre : L’accueil

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L’accueil

Posté : 27 septembre, 2007 @ 7:10 dans évènements d'Algérie, histoire | 34 commentaires »

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« Imaginez… Demain vous partez !! Derrière vous la maison, les voisins, les odeurs ; le stade, l’église et le cimetière ; la couleur de la terre, de la lumière et sur ce banc votre premier baiser.. Il ne s’agit pas de déménager mais bien de se couper en deux.

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..

C’est à Marseille que les Français se mirent à comprendre ce qui se passait
véritablement puis à Toulon, à Nice, dans tout-le Midi.       

Immaginez qu’après  un départ en catastrophe, venant d’échapper aux tueurs du FLN, vous arrivez à Marseille . Enfin vous dites- vous et sur les digues du port vous voyez en grandes lettres, ecrit par les dockers: Pieds-noirs, on ne veut pas de vous .Repartez dans votre pays. Pensez à ceux qui étaient venus délivrer la France en 1944, à ceux qui avaient perdu un fils lors de cette guerre et qui lirent cette phrase.

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 A l’aéroport de Marignane, et sur le port de la cité phocéenne – où l’on avait installé des L'accueil dans évènements d'Algérie accueil41baraquements improvisés -les Européens d’Algérie débarquaient par dizaines de milliers. Le flot des rapatriés était ininterrompu. Tout un peuple se déversait, fuyant  » le FLN qu’on allait trouver à sa porte » (c’était l’expression d’alors), emportant dans sa fuite quelques valises, et pour les plus chanceux, des meubles ou une voiture.

Les  » métropolitains « , comme on disait alors, découvraient sidérés un des plus incroyables exodes de l’histoire européenne: le transfert d’un million de Français qui, pour la plupart, n’avaient jamais mis les pieds dans l’Hexagone, sauf pour se faire tuer en plus grand nombre que les autres durant les deux grandes guerres. Personne ne les attendait, et surtout pas de Gaulle ou le gouvernement Pompidou, qui durant le Conseil des ministres de mai et de juin 1962, estimait que  » quelques dizaines de milliers de rapatriés  » seulement quitteraient acc331 dans histoirel’Algérie -cécité politique ou cynisme absolu , sur ce point les historiens n’ont pas tranché -. La quasi- totalité de la communauté européenne quitta sa terre natale, et on connaît la suite.
L’accueil ne fut pas chaleureux ..

Il sera le plus souvent laissé à l’initiative de bonnes volontés

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Il convient de situer dans le cadre de ce chapitre quelques commentaires et réflexions formulés par certains- ministres gaullistes en fonction à l’époque de l’exode pied-noir, qui laissent planer un doute sérieux quant au niveau de leur QI.

Louis Joxe s’est permis de déclarer, nous le savons, qu’il ne fallait surtout pas permettre aux Pieds- Noirs de s’installer là où ils le voulaient.

 Nous étions, d’après lui, de la « mauvaise graine », qu’il valait mieux disperser

Marseille, 1962. Un rapatrié et sa légion d’honneur encadrée. .un_rapatrie_et_legion_dhonneur

Le ministre Boulin, avec un sérieux incroyable, n’a pas hésité à affirmer, en juillet 1962, que nous retournerions en Algérie après une « période de vacances ». Car, pour lui, notre déracinement n’était qu’une villégiature.

Un petit bol d’air sur la Cannebière et sur la Promenade des Anglais, puis nous retournerions à Bab-El-Oued, à Aflou ou à Tebessa!

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A l’évocation de ces deux anecdotes, riches avant tout d’une imbécillité tragique, nous songeons, avec délectation d’ailleurs, à une réflexion du général Massu.

Celui-ci, au mois de janvier 1960, a déclaré au Président de la République Charles De Gaulle:

« Vous êtes entouré d’une bande de cons, mon général! »

Et De Gaulle de lui répondre avec sérieux et une conviction évidente: «Je sais Massu

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Aucune réaction d’amour ou même de simple sympathie envers notre peuple.
Tout au contraire, parfois des réactions de haine. Comme à Sète, comme à Marseille. Où des autorités municipales ont invité les populations locales à rejeter les Européens d’Algérie à la mer. Toutes ces réactions étaient la traduction évidente d’un vide sentimental absolu, qui n’était rien d’autre, en réalité, que le reflet d’un vide idéologique profond.
Ils n’avaient pas, comme nous, vécu ce rêve merveilleux. Le rêve de la grande France.
La France vecteur et pilote de culture, de civilisation.
Non, ce rêve ils ne l’ont pas connu, englués qu’ils étaient dans la fausse quiétude du gaullisme moralisateur et triomphaliste

Extrait de :L’islamisme dans le guerre d’Algérie de Yves Pérez

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                                                                                acc91.jpg                          2007111718183126_Quicklook-original Des centaines de milliers de pieds-noirs se sont retrouvés à Marseille où des associations comme la Croix-Rouge se sont substituées à un État défaillant pour les accueillir.Photos Archives La Provence                                                   pochoirfrise104.jpg Extraits de Paris-presse l’intransigeant  » Dernière heure  » jeudi 26 juillet 1962 l299xh191defferrepiedsnoirs056c1.gif

Dans le même temps, à Marseille, les événements prennent un tour dramatique pour les réfugiés. Le 29 juin, un mouvement de grève s’est déclaré sur le port. Les marins et officiers réclament une hausse des salaires, le paiement des jours fériés, une indemnité de fin de carrière, un 13ème mois, une allocation supplémentaire d’ancienneté, une relâche d’au moins 18 heures dans les ports entre deux voyages. Les armateurs refusent. Les bateaux à destination de Marseille sont détournés sur Toulon.

D’autres navires sont alors réquisitionnés pour effectuer des aller-retour Toulon – les ports d’Algérie. Des vaisseaux militaires seront même amenés à transporter les Européens fuyant l’Afrique du Nord.Toulon devient alors le port de transit des repliés.

Le 30 juin, trois bateaux détournés, en provenance de Philippeville, d’Oran et de Bougie débarquent à l’Arsenal 3.326 personnes et 208 voitures.

Le 1er juillet ce sont 622 passagers, le 2 juillet 960, le 3 juillet 840, le 4 juillet 1700. Le 5 est une journée

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Le Ville de Marseille

acc111mais le 6 juillet ce sont 576 réfugiés de confession musulmane (en fait les premiers harkis) qui descendent du Phocée et 23 Européens arrivés sur un navire de guerre.

Le 9 juillet, le porte-avions La Fayette accoste avec à son bord 2500 personnes originaires d’Oran et Mers El Kébir.

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L’arrivée du « KAIROUAN » qui ramène en un voyage, le 25 juin 1962, 2630 personnes

Documents extraits de « 1962 L’exode » cliquez

Pourquoi cette haine ?  Que leur avions-nous fait ?

 » Ne laissons pas les repliés d’Algérie devenir une réserve du fascisme » François BILLOUX, député communiste (Juillet 1962)

Le pire pour les Oranais et les Harkis était à venir

Le massacre du 5juillet(cliquez)  oran18   retour fleche_064   

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Ces juifs oubliés parmi les berbères ( 1 )

Posté : 17 septembre, 2007 @ 7:08 dans évènements d'Algérie, histoire | 24 commentaires »

Une communauté saharienne dispersée

par le vent de  l’Histoire 

Sources: Extrait de « Les Juifs du M’zab » par Charles Kleinkenecht, Administrateur des Services civils de l’Algérie (E.R.), ancien Sous-préfet de Ghardaïa (Oasis) –

                                                                    pochoirfrise104.jpg

Aux confins sahariens, vivaient depuis des siècles, sinon un ou deux millénaires, de nombreuses communautés juives, regroupées dans des quartiers réservés : les mellahs. Ces juifs oubliés parmi les berbères ( 1 )  dans évènements d'Algérie 1958_tineghir_pLes juifs berbérophones des pays chleuh et tamazight possédaient, par tradition, une culture littéraire orale et religieuse. Ces communautés vivaient au sein de tribus amazighes, empruntaient aux groupes voisins des formes d’organisation sociale ou même, quelquefois, leurs rites mais conservèrent leurs religion et les coutumes religieuses hébraïques. .

La plupart des communautés juives, vivant dans la montagne et le sud du pays, étaient bilingues (berbero-arabophones), d’autres essentiellement berbérophones comme à 1953_illigh dans histoireTifnut. De cette dernière catégorie, quelques individus isolés ont immigrés en Israël, principalement à Ashkelon.Le tamazight était un parler juif de communication dans le milieu familial, social et économique mais constituait, à côté de l’hébreu, la langue traditionnelle de culture et d’enseignement, pour expliquer et traduire les textes sacrés, comme le judéo arabe ou le vieux castillan dans les communautés de langue arabe ou d’origine hispanique. Les bénédictions de la Thora étaient dites uniquement en berbère jusque dans la liturgie pascale. La langue de la très précieuse Haggada de Pessahs’apparente à la tamazight. La version berbère de cette Haggada constitue aujourd’hui une véritable preuve historique de l’existence d’une diaspora longtemps ignorée Famile juive devant sa porte (photod 1953)Les Juifs totalement intégrés à la société berbère, vivaient en paix et en symbiose avec les musulmans . De plus, ces Juifs  » possèdaient toutes les caractéristiques des montagnards… ils portaient le même costume qu’eux, et on ne peut pas les distinguer de leurs voisins musulmans

« Pour les Juifs européens, la découverte de coreligionnaires primitifs a été une surprise et n’évoque pas seulement le souvenir des tribus perdues mais leur révèle aussi d’anciennes coutumes disparues, à un moment où eux-mêmes commençaient à arton861se considérer comme une nation et se tournaint vers les terres bibliques du Levant pour restaurer la souveraineté juive     (M.R.COCQ )

Des historiens juifs pensent de plus en plus justifiée cette thèse selon laquelle ces tribus juives oubliées parmi les berbères font bien partie de ces 10 tribus perdues d’Israël disparues de Samarie tout comme ces tribus éthiopiennes récemment « ‘rapatriées » en Israël sur « les ailes d’un aigle» comme l’avait prédit la bible.

L’aigle étant devenu un bel avion blanc.

Pour ceux qui veulent connaître l’origine de « légende » des tribus perdues Lisez :

docalarecherchedesdixtribusperdues.doc

 

: la situation des Juifs du M’Zab en 1962

sahara35bis
Ghardaïa est la capitale du M’Zab, située à 630 km au sud d’Alger, centre nord du Sahara et  »porte du désert ». En 1961 la population juive de la région compte 978 âmes.

En 1958, à la suite des positions du Général de Gaulle pour le maintien d’une Algérie française et son accession à la tête de l’Etat, les Juifs du M’Zab, comme la majorité des Algériens, sont convaincus de la pérennité de la souveraineté française au Sahara.

Cet espoir est d’autant plus fort que le gisement de pétrole de Hassi Messaoud, à 70 kilomètre au nord-ouest de Ghardaïa vient d’être découvert en mars 1956, et qu’en mars 1957, le Général de Gaulle lui-même est venu affirmer à Ghardaïa que le pétrole saharien est la « grande chance de la France ».

La prospérité paraît assurée dans un Sahara doté de son propre Ministère et qui ne sera pas concerné par les négociations avec le FLN. Il devra rester français ou devenir un Sahara associé à la France, même en cas d’indépendance de l’Algérie.

Mais quand vient l’accord de cessez-le-feu du 19 mars 1962,

  Evian02    
   
    La délégation française à Evian (à gauche) : Robert Buron, Jean de Broglie et Louis Joxe. La délégation algérienne (à-droite) : Saad Dahlab, Krim Belkacem, Aziz Ben Tobbal, Yazid, Malek, Ben Yahia et Ahmed Francis. En signant ces accords, le gouvernement français s’inclinait devant les exigences du F.L.N. : la France reconnaissait l’indépendance algérienne, liée au cessez-le-feu; ne réclamait pas de statut particulier définitif pour les Français d’Algérie; admettait l’intégration du Sahara à l’Algérie.  
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le Ministère du Sahara est supprimé dès avril 1962, la Direction des affaires administratives et sociales du Sahara est rattachée au Ministère d’Etat chargé des affaires algériennes. Les accords d’Evian, avec le lâchage de cette région, provoque une déception générale parmi les populations sahariennes et, chez les juifs, une véritable panique. Que vont-ils devenir ? Ils étaient environs 900 et tout le monde avait oublié qu’ils n’étaient pas français.

A suivre :  L’exode des juifs du M’zab en 1962   (cliquez)        retour fleche_064    

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L’exode des juifs du M’Zab( 2 )

Posté : 16 septembre, 2007 @ 5:53 dans évènements d'Algérie, histoire, politique | 30 commentaires »

L'exode des juifs du M'Zab( 2 ) dans évènements d'Algérie ghardaia GHARDAÏA

En 1962 les juifs du M’Zab et des territoires de Ghardaïa n’étaient pas français.

Par quelle aberration ? Et personne jusqu’à ce jour ne s’en était soucié.

POURQUOI?

Les décrets du 24 octobre 1870 (Décret Crémieux) et du 7 octobre 1871 avaient accordé la citoyenneté française à part entière aux Israélites indigènes d’Algérie.

Mais par « Algérie » il fallait entendre les seuls territoires géographiques des trois départements d’Alger, de Constantine et d’Oran tels qu’ils existaient à l’époque (1870)
Les territoires sahariens de Ghardaïa et du M’Zab, non encore militairement occupés et pacifiés, n’y étaient pas compris.

Après les funestes Accord d’Evian, les juifs vivant au milieu et en parfaite symbiose avec les musulmans du M’zab et des territoires de Ghardaïa sont paniqués.
Leur affolement et leur panique sont pleinement justifiés.

Depuis un certain temps, de jeunes musulmans profèrent à leur encontre des menaces précises de pillages, massacres, enlèvement de femmes. Les filles sont bousculées dans la rue, les passages juifs insultés, les élèves juifs battus dans les écoles par leurs petits camarades musulmans. Des rassemblements d’individus violents et menaçants regroupés autour du quartier juif doivent être dispersés par les forces de l’ordre.

La renaissance chez les musulmans du racisme et de la haine devient évidente, et des faits précis confirment cette hostilité, par exemple :
- Les commerces des juifs sont boycottés.

- Il est interdit à un musulman d’acheter un immeuble appartenant à un juif.

« Les juifs sont venus nus, ils doivent repartir nus »,dit-on.Les juifs craignent donc de revenir au temps des Kanoun, au statut de Dhimmis.

En outre, ils sont impressionnés par les déclarations faites par Ben Bella début 1962 au Proche Orient, jurant que les troupes de l’Algérie indépendante, estimées à cent mille hommes, se joindront à celles des pays arabes pour anéantir Israël (où 1034 membres de leur communauté ont déjà émigré). Ils ont donc la conviction qu’ils deviendront un jour des otages à la merci des Algériens.

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Ce n’est que le 13 juin 1962, soit trois mois après le cessez-le-feu et vingt jours avant le scrutin d’autodétermination, donc vraiment in extremis que cette population accède à la pleine citoyenneté française. Ceci par un arrêté du ministre chargé des Affaires algériennes paru au Journal Officiel.
C’est grâce à cette mesure que les Juifs du M’Zab, dans leur quasi-totalité, deviennent des citoyens français de statut civil de droit commun et peuvent de ce fait envisager sans obstacles administratifs leur installation dans la Métropole.

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ET CE FUT L’EXODE

L’exode massif d’une communauté aux abois, dans un climat d’affolement total.

L’autorité locale fut sollicitée par des délégations juives de plus en plus pressantes dont la nouvelle accession au statut civil de droit commun français encourageait et laissait espérer l’aboutissement des démarches.                                             

Ils demandaient avec insitance leur évacuation avant le scrutin sur l’Autodétermination fixé au 2 juillet 1962.

Mais allait survenir un problème majeur : ils refusaient d’affronter les 600 kilomètres de route pour rejoindre Alger par crainte d’attentats.

Une solution très urgente s’imposait

                                                     pochoirfrise104.jpg ,

Des démarches furent entreprises à Alger et à Paris et l’Alliance Israélite Universelle joua un rôle déterminant pour obtenir la mise enplace d’un véritable pont aérien de 10 appareils afin d’assurer le départ massif des 900 juifs encore présents au M’Zab .

Un transport direct depuis Noumerat (aérodrome à 15 km de Ghardaïa) à Marseille fut réalisé et échelonné sur une durée d’une quinzaine de jours. 

La dernière  demarche .                                                   

Il restait une dernière démarche qui pour une communauté juive est primordiable : la sauvegarde des anciens livres sacrés

Avant le départ, une forte équipe de jeunes gens procéda, en mai, à l’inhumation des livres,  » écrits sacrés abîmés et inutilisables », qui selon un rite millénaire, avait été enterrés au cours des années ou même des siècles dans des tombes prévues à cet effet dans leur cimetière et cela dans une ambiance de rage contenue et de grande tristesse.

Quant aux objets du culte et surtout aux dix-sept précieuses et souvent très anciennes Torah qui faisaient la fierté de la communauté, ils furent répartis dans certains bagages et transportés avec le plus grand soin.

Sous la protection très discrète de la police et de l’armée, les familles se regroupèrent sur l’aérodrome avec leurs enfants, vieillards, leurs trop nombreux infirmes, sourds-muets, aveugles : la consanguinité des tribus, vivant trop longtemps isolées, avait fait son oeuvre.

C’était pour la plupart de ces braves gens le premier voyage en avion et à destination d’une France que quasi personne ne connaissait.

L’exode fut total au ler juillet 1962, à l’exception de trois commerçants qui espéraient ainsi sauver leur bien mais avaient cependant évacué femme et enfants. Demeurés sans rabbin, sans boucher rituel et trop peu nombreux pour réunir un « Minyan », ils durent eux aussi finalement tout abandonner.

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«Ayant personnellement, en tant que « rapatrié », pu accompagner un de ces convois aériens de Ghardaïa à Marseille, j ‘ai pu constater combien ces pauvres gens étaient choqués, pitoyables, ignorant le sort qui pouvait les attendre.» (Charles Kleinkenecht, Administrateur des Services civils de l’Algérie (E.R.), ancien Sous-préfet de Ghardaïa (Oasis) –

Mais contrairement à la plupart des autres « rapatriés » tout aussi perdus et qui devaient compter sur leur propre volonté pour découvrir l’ organisme susceptible de les guider, les israélites sahariens, particulièrement désorientés et trop fatalistes pour en imposer, ont été accueillis d’une manière exemplaire par les services du Fonds International Juif Unifié, installé rue de la Palud à Marseille, transformé en centre d’accueil.

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Lire  » L’accueil en métropole » rtf dans histoiredocumentdiasporaoualiya.rtf

Sources : Rapport de Charles Kleinkenecht Administrateur des services civils de l’Algérie

     retour fleche_064 dans politique                                                           

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