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Les Pieds-Noirs, histoire d’une blessure

Classé dans : films.émissions TV — 17 octobre, 2009 @ 18:32

Les Pieds-Noirs, histoire d’une blessure

Enregistré dans : a page d’accueil – 17 octobre, 2009 @ 18:32 Editer
 

samedi 31 mars 2007, par Redac’chef

 

Cet article reprend in-extenso la présentation qui a été faite de ce documentaire dans le numéro 79 de « La Durance », la revue électronique de l’académie d’Aix-Marseille. Son auteure est Christine Colaruotolo, professeure au Lycée Marseilleveyre (Marseille).

 

 

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Pieds-Noirs

Compte-rendu de projection

45 ans après leur exil forcé, les rapatriés d’Algérie témoignent.

Diffusé en avant première au théâtre de la Criée à Marseille en décembre dernier, Les Pieds Noirs, histoires d’une blessure, documentaire réalisé par Gilles Perez, revient sur cet épisode douloureux de l’histoire.

Compte-rendu d’une soirée de projection chargée en émotion.

La salle du théâtre est remplie, bondée. Le public attend avec impatience, une certaine fébrilité et appréhension le début du film. Puis les lumières s’éteignent.
- « Mémé, qu’est-ce que tu aurais aimé prendre, ramener de la maison ? » questionne une voix.
- « Eh, la maison, tiens ! » répond la dame âgée dans un éclat de rire. « [...] Quand on est né, on n’était rien, on n’avait pas fait beaucoup d’études, on n’avait rien et puis peu à peu on s’est créé et après on a tout perdu ! » enchaîne une seconde dame à ses côtés d’un air résigné.

Voilà, le ton est donné.

Premières minutes d’un documentaire qui va durer trois heures durant lesquelles Gilles Perez retrace à partir de témoignages personnels et d’archives familiales l’histoire de « ces petites gens », depuis leur installation en Algérie jusqu’à leur rapatriement en métropole.

Les années romantiques évoquent l’installation des colons en Algérie, racontent le mélange de ces populations originaires de France mais aussi de toute l’Europe et qui vont constituer au fils des années la culture et l’identité des Pieds Noirs.

Au fil des images et des témoignages défilent les jours heureux : les enfants insouciants qui jouent avec des noyaux d’abricots, les pique-niques en famille au bord de la plage…Une dame entonne une comptine en arabe, la voix étranglée par l’émotion…

Dans la salle les visages s’illuminent, les rires fusent parfois. Puis, les rires s’estompent … ce sont les années dramatiques, horreurs de la guerre, fusillade de la rue d’Isly et l’exil, suivies par les années mélancoliques durant lesquelles les rapatriés se heurtent à l’incompréhension de la métropole et cherchent à se fondre, à s’intégrer.

Tout au long du documentaire, les témoignages sont sobres, l’émotion contenue, les silences pudiques. La caméra de Gilles Perez sait se faire discrète pour faire émerger du fin fond des mémoires, des souvenirs intimes jusque là enfouis.

Au fil des images, c’est la question de l’histoire et de la mémoire qui ressurgit au travers des rapports qu’une société entretient avec son passé le plus violent et les liens qu’entretiennent le présent avec ce passé et l’avenir. « Un passé qui ne passe pas » pour reprendre l’expression de l’historien Henry Rousso utilisée à propos de Vichy.

La fin du film est saluée par les applaudissements de la salle enthousiaste. Puis, la foule sort de la salle étrangement silencieuse, comme soulagée, apaisée, n’ayant pas le sentiment d’avoir été trahie. Les gens s’éloignent… Au détour d’une allée, un homme a les yeux rougis ….

Le montage habile des témoignages, leur richesse et la musique originale composée par le groupe Barrio Chino, originaire d’Andalousie et d’Oran, font de ce film un documentaire de grande qualité qui peut donner matière à une exploitation pédagogique en cours d’histoire en collège (troisième) et en lycée (première, terminale), classes dans lesquelles les thèmes de la colonisation et de la décolonisation sont étudiés.

Au-delà d’une meilleure connaissance historique de ces pages de l’histoire de France qui pèsent encore lourdement dans la mémoire collective profondément meurtrie, ce documentaire peut permettre d’amorcer une réflexion avec les élèves sur l’apport du témoignage à la construction de l’histoire à partir de la confrontation de ces mémoires plurielles, antagonistes, contradictoires longtemps refoulées des Européens d’Algérie et des anciens colonisés. Des mémoires déchirées, dressées l’une contre l’autre. Un enseignement de l’histoire et un travail de mémoire qui s’inscrivent incontestablement dans le cadre d’une éducation à la citoyenneté.

Car comme l’a dit Paul Ricoeur (Sorbone juin 2001), c’est à l’histoire « que revient le pouvoir d’élargir le regard dans l’espace et dans le temps, la force de la critique dans l’ordre du témoignage, de l’explication et de la compréhension et plus que tout, l’exercice de l’équité à l’égard des revendications concurrentes des mémoires blessées et parfois aveugles au malheur des autres. »

 

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