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« Sous mon niqab »

Classé dans : La BURQA — 1 juin, 2010 @ 10:43

« Sous mon niqab » : une femme musulmane lève le voile

France Info – 19 mai 2010

Le projet de loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public sera présenté aujourd’hui en Conseil des ministres. Le texte prévoit notamment une amende de 150 euros pour toute personne dissimulant son visage et sanctionne sévèrement ceux qui l’imposent.
France Info a choisi de donner la parole à une jeune musulmane qui, pendant quatre ans, a porté le niqab sous la contrainte. Il y a deux ans, elle l’a enlevé au péril de sa vie.
C’est ce qu’elle raconte dans un livre intitulé Sous mon niqab (avec Djénane Kareh Tager, aux éditions Plon).

Zeina (le prénom a été changé) nous a donné rendez-vous la semaine dernière, dans une voiture, sur le parking d’un supermarché de banlieue parisienne. Car la jeune femme n’est pas encore tout à fait libre. Elle est recherchée par ce mari qu’elle a fui.
Ce qui frappe à sa rencontre, c’est son âge – un peu plus de 25 ans -, sa beauté aussi. Une beauté qu’elle a été forcée de cacher pendant des années sous un voile intégral.

Pourtant, lorsque la jeune musulmane rencontre son futur époux, elle pense tomber sur le prince charmant. Il est moderne, juge-t-elle alors, il n’est pas pratiquant, il lui promet des voyages et des sorties. Autant de douces promesses pour une jeune femme issue d’une famille très stricte.
Mais après leur mariage, les choses changent. « Il a commencé à me comparer à des sœurs musulmanes, raconte Zeina. Il me disait que leurs époux avaient de la chance, qu’elles étaient de bonnes musulmanes. Là, j’ai compris qu’il voulait que je me voile. »

« Accepter le voile court, c’est mettre le doigt dans l’engrenage »

Lorsque Zeina tombe enceinte, le conte de fée s’arrête. Son mari ne fréquente plus ses amis d’autrefois, mais des hommes qu’il aurait rencontrés à la mosquée. Un jour, il lui donne un coup de pied dans le tibia car il juge sa tenue -un survêtement et un pull large- trop indécente.

Face aux pressions, Zeina cède quelques mois plus tard. Elle n’opte pas pour un foulard, mais pour un bandana discret qui ne couvre qu’une partie de sa tête. Elle l’ôte parfois dans la rue et systématiquement lorsqu’elle arrive au travail.
Mais ce bandana n’est pas du goût de son mari qui se fait de plus en plus pressant. Zeina craque, elle se résout à porter le « hijab », le foulard islamique, pensant alors que son époux allait la laisser tranquille. « Je me suis trompée, raconte-t-elle. Il m’a offert un cadeau : un « jilbab », une robe et une cape noires qui, une fois portées, ne laisse découvert que le visage ».
Avec le recul, elle estime qu’elle n’aurait jamais du accepter de porter le voile court en croyant limiter les exigences : « c’est en fait mettre le doigt dans l’engrenage ».

Une descente aux enfers

Son mari lui promet le Paradis, mais, dans son livre, Zeina décrit une véritable descente aux enfers. Il la force à quitter son emploi, elle ne sort quasiment plus de chez elle. Son époux refuse de lui laisser un accès à internet. Ses journées, elle les passe à astiquer l’appartement.
Lorsqu’elle oublie une prière, lorsqu’elle est surprise à regarder la télévision, elle est rouée de coups ou brûlée avec des brochettes en métal chauffées à blanc. Zeina raconte qu’elle n’était jamais assez pure, assez parfaite pour son mari qui a voulu en faire la fierté de l’Islam.

Un jour, il arrive au domicile conjugal avec un nouveau cadeau. Zeina le pressent : il s’agit d’un « niqab », cette longue cape noire fermée et opaque, qui ne laisse pas apparaître un seul centimètre carré de peau. Son mari a ajouté à la panoplie vestimentaire un voile carré de mousseline noire, afin de masquer ses yeux en amande. « J’avais tellement de tissu sur mon corps, j’avais l’impression de ne plus pouvoir respirer. On ne ressent plus rien. Il y avait trop de masques qui me cachaient. D’ailleurs, on n’a plus envie de plaire, de se maquiller ou même de se coiffer puisque l’on se dit : on va sortir, personne ne va vous voir, et vous ne verrez personne ».

Un fantôme « sans âme et sans nom »

Dans le livre, Zeina raconte aussi le désarroi ressenti sous le voile : « Il était évident que le niqab m’emprisonnerait jusqu’à ce que je rejoigne le Paradis. A moins que ne vienne une autre idée à mon mari, mais que pouvait-il imaginer de plus terrible ? ».
Dans la rue, Zeina n’ose pas affronter les miroirs. Elle est souvent la cible de remarques blessantes : « regarde ce spectre, ce fantôme », entend-elle parfois. « Je n’étais plus qu’une ombre sans visage et sans nom, écrit-elle. Je n’ai plus jamais levé les yeux du trottoir, je n’ai plus jamais redressé la tête. Jusqu’au jour où j’ai arraché ce voile. »

Zeina a mis plusieurs années à sortir de ce calvaire. Lorsqu’elle confie à sa propre famille qu’elle est parfois battue, on lui répond que cette situation est normale : son mari veut en faire une bonne musulmane, une « pure ». Et une « pure » doit être soumise à son époux.

Un jour, alors que son mari est sorti, elle s’aventure sur le palier de son immeuble sans son voile. Une voisine aperçoit son visage pour la première fois : il est couvert de blessures, un de ses deux yeux est fermé tant il est boursouflé. C’est à cette femme que Zeina dédie son livre. Cette voisine l’a orientée vers une association d’aide aux femmes battues. Quelques heures plus tard, Zeina quittait le domicile conjugal, son enfant sous le bras, sans argent, sans rien.

Après plusieurs mois de galère, d’errance de foyer en foyer, elle a retrouvé une vie presque normale. Elle a un logement, un emploi. Elle a réussi a obtenir le divorce civil. Mais elle reste traquée par son ancien conjoint, et bannie par une grande partie de sa famille. Le prix à payer, selon elle, pour être libre.

Zeina a suivi ces derniers mois le débat très politique sur l’interdiction du voile intégral dans l’espace public. Paradoxalement, la jeune femme est opposée à une loi. Car, selon elle, si les femmes qui sont contraintes à porter le niqab ne peuvent plus se promener dans les lieux publics, leurs maris les condamneront à rester cloîtrées à la maison. Et elles n’auront peut-être jamais la chance de croiser la route d’une voisine bienveillante.

Reportage : Elodie Gueguen

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