GAZETTE de LA-BAS

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Le rachat des esclaves (1)

Classé dans : esclavage,histoire — 17 mai, 2009 @ 23:34

          C’est en 1583 que l’on situe les premiers rachats répertoriés. En 1585 une mission, sorte de nonciature apostolique, s’installe à Alger, sans parler des religieux esclaves volontaires qui accompagnaient les victimes en partageant leur sort (rappelons-nous                           Le rachat des esclaves (1) dans esclavage chmalt1

St Vincent de Paul maintenant vivace leur foi par la pratique de leur religion)

. Les riches pouvaient payer eux-mêmes leur rançon mais pour les pauvres ce fut l’Eglise, la Papauté qui la première s’en préoccupa en mettant en place des institutions spécialisées dans les négociations de rachat des esclaves car le but des pirates était, non seulement de procurer à leurs compatriotes la main d’œuvre qualifiée dont il manquaient ( armuriers, artisans, jardiniers etc…) et de la ” chair fraîche “à bon compte pour les harems mais aussi d’extorquer le plus d’argent possible aux Européens qu’ils savaient soucieux de ne pas abandonner leurs coreligionnaires dans la souffrance..

Tabarca, depuis 1540 comptoir génois sur un rocher minuscule ou s’entassèrent jusqu’à 2000 habitants, à proximité du rivage à quelques lieues à l’est de La Calle, fut un centre actif de rachat dès le début du XVIIème siècle. image006 dans histoire
          En 1596, se fonde en Sicile ” l’Arciconfraternità della ridenzione dei Cattivi qui eut son siège en L’église Santa Maria Nuova à Palerme.
          A Gênes en 1597, on voit se constituer le ” Magistrato del Riscatto degli Schiavi “qui prenait la succession d’un ancien organisme remontant à 1403, le ” Magistratodi ».

« Au XVIIème siècle les corsaires algériens deviennent de plus en plus redoutables. La Méditerranée n’est plus assez vaste pour eux; ils cherchent un autre théâtre pour leurs déprédations, et s’avancent jusqu’aux îles Canaries, où ils portent la désolation et la mort.  Dans l’espace d’une seule année, en 1582, deux mille esclaves chrétiens sont vendus à Alger, et on en comptait alors plus de trente mille dans les différentes parties de la régence. Michel Cervantès, qui y était prisonnier à cette époque, nous a laissé des détails curieux sur la manière dont les Algériens traitaient leurs esclaves; nous allons les rapporter en faisant le récit de la captivité du célèbre romancier espagnol » J-F Lamarque      Cervantès esclave d’Alger lire l’article en entier

Au XVIIIème siècle à Cagliari, c’est le ” bureau de rachat des esclaves sardes ” qui participa deux fois, sous l’autorité du Roi de Piémont-Sardaigne et avec la contribution financière de bon nombre de souverains européens y compris le Pape à la libération des esclaves qu’il allait accueillir pour mettre en valeur son île de Sardaigne dont il venait d’hériter, jugée insuffisamment peuplée.                   

  Il y eut même des ordres religieux dévolus expréssement au rachat des esclaves chrétiens: Les Tinitaires des saints Jean de Matha (illustration) et Félix de Valois et les Mercédaires des saints Pierre Nolasque et Raymond de Penafort.

 Trinitaires et Mercédaires s’offraient en échange des esclaves chrétiens quand l’argent ne 09-barbaresques-mathurinsuffisaient pas à leur rachat; il n’y a que dans le catholicisme que l’on voit cela… Une fois dans la place, ils soutenaient la foi des chrétiens prisonniers souvent persécutés pour les contraindre à une conversion forcée. Du XIIIe au XVIIIe siècle, les seuls Mercédaires auraient libéré pas moins de 60.000captifs                          

Condition générale des esclaves chrétiens à Alger.

Les malheureux prisonniers faits par les corsaires se divisaient en deux classes: la première comprenait le capitaine, les officiers du bâtiment capturé et les passagers avec leurs femmes et leurs enfants; cette première classe était soumise à un travail moins dur que les simples matelots, qu’on vendait publiquement au plus offrant et dernier enchérisseur; les enfants étaient presque tous envoyés au palais du dey ou aux maisons des premières familles, et les femmes servaient les dames maures ou entraient dans les harems… lire l’article en entier

    Du coté des Espagnols, des organismes de rachat similaires à Alger et à Tunis notamment un hôpital.
          Les Français étaient représentés par des Capucins à Tétouan et des Carmes à Alger, ils agissaient en missionnaires et représentants officieux du Roi de France, se préoccupant du salut des âmes, baptêmes et enterrements, tout en organisant parfois en secret au péril de leur vie, des évasions en groupe par la mer grâce à de hardis navigateurs tel Felipe Romano le Valencien qui déjoua plusieurs fois les contrôles des Janissaires tout en commerçant avec eux.  

Le retour des rachetés dans leur pays ou ailleurs, puisqu’on retrouve le cas d’une centaine de familles d’esclaves originaires de Tabarca encore, capturés par les pirates d’Alger en 1756 au cours d’un conflit entre les deux régences, déportés à Alger puis rachetés par le Roi d’Espagne qui seront installés, eux d’origine génoise, sur une petite île à 11 milles au sud d’Alicante nommée de ce fait Nueva Tabarca où ils feront souche et deviendront Espagnols.
          C’est ainsi que ces gens, certainement nés à Tabarca (comptoir génois du corail) mais issus de familles originaires de Pegli, près de Gênes et parlant un dialecte Ligure, se sont retrouvés , vers 1776, sujets du Roi d’Espagne dans une petite île au large du cap de Santa Pola à 11 milles au sud d’Alicante où ils ont fait souche et se sont hispanisés.
  Les archives ecclésiastiques sont toujours détenues par les représentants de l’Eglise catholique à Tunis et il toujours possible d’avoir des informations sur des ancêtres esclaves, notamment les noms et adresses des familles musulmanes les ayant détenus et utilisés, ainsi ce document fourni par l’Eglise catholique de Tunis

pdf tabarka.pdf Liste des esclaves rachetés et installés àSantaPola 

          Au retour des libérés on organise de grandes cérémonies avec actions de grâces et parade du convoi dans les rues sous les acclamations de la foule. Ils portaient, parfois au bout d’un bâton sur l’épaule, un symbole de leur asservissement passé tel que des chaînes symboliques ou un petit pain noir, seule nourriture que leurs geôliers leur consentaient  Premier pas vers une relative tranquillité, en 1816 le traité de Tunis mit un terme aux expéditions de pillage commanditées par son Bey à l’encontre du royaume de Piémont-Sardaigne, comme celle de 1798 à San Pietro.

          Toutefois, Alger et Tripoli n’étant pas parties à cet accord, ce n’est qu’en 1830 avec le débarquement des Français à Sidi Ferruch que la pacification de la méditerranée occidentale sera définitivement acquise, paix qu’elle n’avait pas connu depuis près de 14 siècles.

« Ce qui nous amène à dire quelques mots du dernier des esclaves célèbres, le général Youssouf, né en l’île d’Elbe, capturé en mer à 11 ans, esclave puis Mamelouk à Tunis où l’élimination en duel secret d’un congénère jaloux de son idylle avec une fille de leur maître, suivie de la découverte du corps qu’il avait scellé dans un mur, le contraignit à prendre la fuite. Il se présenta alors aux Français arrivés de fraîche date et se mit à leur service comme interprète. Se faisant apprécier de ses supérieurs il deviendra officier, sera l’artisan de la prise de Bône, participera à fonder les corps des Tirailleurs et des Spahis et finira sa vie à Nice avec le grade de général de division après avoir servi dans de nombreuses campagnes hors d’Algérie.» Jean-Bernard LEMAIRE

Le souvenir de la libération des «  esclaves en terre d’islam » perdure en Méditerranée occidentale de nos jours.

 stSauveurGairautNDMerci Dans l’église de Gairaut, on peut apercevoir une statue dédiée à Notre Dame de la Merci.
Ce vocable rappelle l’ordre institué par S.Pierre Nolasque( + 1256) à Barcelone pour le rachat des captifs, c’est à dire des chrétiens détenus par les Barbaresques. Les espagnols durent se battre pendant 400 ans pour chasser les Maures de leur pays (1085-1492). Les chrétiens faits captifs étaient particulièrement à plaindre. Ils étaient vendus comme esclaves aux musulmans d’Afrique. Force était alors de payer rançon pour obtenir leur délivrance.
Pierre Noslasque, inspirée par la Vierge Marie, fonda l’ordre de la Merci ou de la Rédemption ou Rachat des captifs. Aux trois vœux habituels : obéissance, pauvreté, chasteté, les mercédaires en ajoutaient un quatrième : celui de se constituer en otage, quand c’était pour eux le seul moyen d’accomplir leur mission. Grâce à l’héroïsme et la générosité des chrétiens, cette mission se poursuivit jusqu’à la disparition de la piraterie.

 Pourquoi le culte de Notre Dame de la Merci à Gairaut ?
Est-ce une dévotion importée par un ancien captif délivré ou par une famille dont un des membres fut mercédaire ? Est-ce en rapport avec la victoire sur les musulmans en 1543, siège de Nice ? Nul ne peut l’affirmer. En tous cas, la fête de N.D de la Merci fut primitivement instituée pour remercier la Vierge d’avoir rendu la liberté aux prisonniers qui lui criaient ” Merci “.
Mais chaque année, le 24 septembre (ou le dimanche le plus proche), depuis que le Pape Innocent II institua cette fête pour l’Eglise entière (1696), les Gairautins aiment venir honorer Marie pour la fête de leur quartier.

Au reste, la sollicitude des Pères de la Merci ne se bornait pas à faire des quêtes dans les divers états de la chrétienté pour subvenir au rachat des malheureux esclaves, ils visitaient, ils consolaient dans leur captivité ceux qu’ils n’avaient pu affranchir; ils entendaient leur confession et les maintenaient dans leur foi ; lorsqu’ils étaient malades, ils les soignaient dans un petit hôpital qu’ils avaient élevé à leurs frais, et les empêchaient de tomber dans les vices honteux où la passion brutale de leurs maîtres ne les entraînait que trop souvent. Telle était la malheureuse condition des chrétiens que le sort de la guerre faisait tomber entre les mains des redoutables corsaires algériens.  

Sources  Jean-Bernard LEMAIRE St Germain-en-Laye le 25 novembre2002                                    Les cahiers de la Méditerranée

/Sources bibliographiques :
- Fernand BRAUDEL ” la méditerranée au temps de Philippe II ” 2 t., (Armand colin, 1985)
- Giuseppe VALLEBONA ” Storia di una colonizzazione “
- Capitaine de Frégate Cavelier de Cuverville ” Pêche du corail sur les cotes de l’Algérie “( Nancy, Berger-Levraud 1880)
- Gérard CRESPO ” les Italiens en Algérie 1830-1962 “(septentrion ) (quelques erreurs dans cette thèse)

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