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L’esclavage blanc en Méditerranée (1500-1830) 1ère partie

Classé dans : esclavage — 14 avril, 2009 @ 22:59

 L‘une des scènes les plus populaires de Molière est celle où le fourbe Scapin extorque cinq cents écus à Géronte en lui faisant croire que son fils Léandre a été emmené à Alger comme esclave. « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » se lamente Géronte, qui finit par lui remettre cet argent, le prix de la rançon. Cet épisode des « Fourberies de Scapin », exposé sur le mode comique, révèle en fait une pratique relativement fréquente et, en tout cas, dramatique que Robert C. Davis présente et analyse dans ce livre passionnant sur l’esclavage des chrétiens par les Turcs et leurs corsaires algérois, tunisiens et tripolitains.                                                                                                                                                                                                                L’esclavage  des Blancs, explique l’auteur, minimisé et tenu pour relativement doux en comparaison de celui des Noirs dans les Amériques, offre pourtant des chiffres qui montrent l’étendue d’une activité qui se maintiendra jusqu’au xixe siècle et ne disparaîtra qu’avec l’installation du colonialisme français ennn 1830

Carmen Bernand

                                                                                                                                                                                           L'esclavage blanc en Méditerranée (1500-1830) 1ère partie dans esclavageEn s’appuyant sur des documents historiques et sur des archives de cette période,  une étude exhaustive sur l’esclavage des Européens au Maghreb . L’historien américain revient sur la traite des blancs pratiquée en Méditerranée par des corsaires maghrébins, que l’on nommait alors les Barbaresques. Cette pratique a duré trois siècles (du 16ème au 19ème siècle) et a réduit plus d’un million d’Européens en esclavage dans les villes d’Alger, Tunis, Tripoli et Salé. Ces corsaires écumaient la Méditerranée et poussaient des pointes jusqu’aux côtes britanniques, à la recherche de nouveaux captifs. Toutefois, cet esclavagisme se distingue des autres formes de mise en servitude par sa dimension religieuse. C’est aussi une guerre menée contre les chrétiens. En plus des bénéfices réalisés grâce à cette traite, les corsaires maghrébins considéraient qu’il y avait une revanche à prendre sur ceux qui ont chassé les musulmans du paradis perdu d’Al Andalous                                                                               

Combien de chrétiens – car il s’agit bien d’un prélèvement d’ennemis, d’infidèles, par les corsaires musulmans dont beaucoup sont des renégats – ont été soumis en esclavage ? L’auteur, qui a travaillé principalement en Italie avec une documentation de première main  expose les difficultés de chiffrer de façon exacte le nombre des captifs , fournie essentiellement par les ordres religieux qui avaient tendance à exagérer le nombre de ces esclaves.                                                                                                                                         

                                                                                                                                                               Toutefois, sur la base de certains recoupements, R.C. Davis arrive à la conclusion qu’entre 3202M dans esclavage1580 et 1680, la période la plus active de cette course méditerranéenne – les « Fourberies » datent de 1671 – on peut accepter une moyenne annuelle de 35 000 captifs vivants répartis, pour la grande majorité, à Alger et, en nombre moins important, à Tunis (6 000) et Tripoli, bien que d’autres bagnes aient existé notamment à Dulcigno (Montenegro), .

sources :livre de Robert C Davis et Carmen  Bernand

                                                                                            

Dans les premiers temps de l’islam, les notables de Bagdad s’approvisionnaient en esclaves blancs auprès des tribus guerrières du Caucase ,  les femmes caucasiennes étaient réputées pour leur beauté,  mais aussi auprès des marchands vénitiens qui leur vendaient des prisonniers en provenance des pays slaves, encore païens.

À la fin du Moyen Âge, comme le vivier slave s’épuise du fait de la christianisation de l’Europe orientale, les musulmans se tournent vers les pirates qui écument la

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Méditerranée. Ces derniers effectuent des razzias (*) sur les villages côtiers des rivages européens. Le souvenir des combats livrés par les habitants à ces pirates perdure dans… la tête de prisonnier maure qui sert d’emblème à la Corse.

                                          Afficher l'image en taille réelle            La légende la plus connue voudrait qu’à l’époque des raids Sarrasins, les braves guerriers Corses auraient eu l’habitude de tuer leurs ennemis et de les décapiter ensuite pour empaler leurs têtes sur des piques, afin de les présenter aux nouveaux envahisseurs pour les décourager.

 S’il est vrai qu’aucun royaume européen n’était à l’abri des incursions corsaires, qui pouvaient remonter de Salé jusqu’au sud de l’Angleterre, ce sont les côtes espagnoles et italiennes qui furent les plus touchées par les razzias.

Les corsaires ne se contentaient pas d’aborder des galères chrétiennes ou des bateaux de pêche : ils mouillaient dans des criques isolées et pénétraient dans les terres, pillaient, saccageaient au passage, et emportaient des paysans ou des religieux, soit pour rançonner la famille, soit pour emmener leurs victimes dans les bagnes d’Alger ou d’ailleurs et en faire des esclaves

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Avec justesse, l’auteur explique que ces prises non seulement terrorisaient les habitants du littoral et rendaient très risqués la pêche et le commerce maritime, mais que la ponction humaine régulière et la difficulté de payer des rançons élevées de la part de ceux qui restaient, eurent pour conséquence la ruine d’une partie de ces populations et la décomposition du tissu social.

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  La première moitié du XVIIème siècle fut marquée par l’apogée de l’esclavage en Alger et Tunis d’où les victimes étaient réparties dans l’ensemble du monde musulman.
          On comptait en Alger seulement, aux dires de captifs libérés, une vingtaine de milliers d’esclaves de toutes origines dont une bonne moitié de chrétiens d’Europe. Si l’on rajoute les autres détenus entre Alger et le proche Orient le total doit être effrayant. Que dire alors de tous ceux qui n’ont pas survécu ou sont morts en esclavage ?

à suivre  La vie sous le fouet

à suivre : Le rachat des esclaves 

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31 commentaires »

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  1. Bordy-Jaeger dit :

    Noua avons eu un exemple dans notre famille qui confirme l’étude précédente.Alors que notre trisaïeul Jaeger partait pour L’Amérique ,son bateau fût arraisonné en Mediterranée.Il fut fait prisonnier en Alger ,employé aux écritures au port d’Alger ,il y resta 7 ans, c’est grâce á l’aide d’un juif qu’il put échapper á son sort, enfermé dans un sac,et embarqué.Le costume arabe qu’il portait resta quelques années exposé á la Maison Commune d’Eischbourg en Alsace.

  2. michelle dit :

    Après on nous dit à nous que nous avons exploité les arabes et que nous les avons pris comme esclaves

  3. Joss dit :

    Celà expliquerait que pour certains de ma famille côté paternelle, j’en trouve sur Alger et aux alentours de la Tunisie. Il parraîtrait que certains étaient esclaves à Tabarka et libérés par les espagnols, ce qui expliquerait que d’aprés ma généalogie, c’est d’Espagne que mes ancêtres sont arrivés à Oran. Italiens d’origine, et pêcheurs ils auraient donc étés capturés…Je cherche!
    Merci Josette pour ces infos, et grosse colère de voir que les blancs européens ne se soucient et ne veulent pas parler de cet épisode qui s’ajoute à notre persécution historique, alors que nous sommes au courrant de la traite des noirs…Peut-on avoir (sait-on jamais,) des noms d’esclaves?
    Vous êtes notre lumière
    Joss

  4. J.Boussommier dit :

    Bonjour Joss
    Je t’envoie en perso la liste des esclaves rachetés par le roi d’Espagne, parmi lesquels les Italiens qu’il a installés à San Paola. Ce document fait partie du prochain article « Le rachat des esclaves blancs » que je termine en ce moment.

  5. ZARB dit :

    je viens juste d’apprendre la nouvelle quand je pense qu’il,était question que la france devait s’excuser car elle avait contribuer à l’esclavage je trouve cela abjecte. Cependant il est inconcevable qu’ une telle époque ait pu exister. Par contre aujourd’hui à cause de certains retardés mental qui tuent et qui cherchent à envahir d’autres pays par tout les moyen possible en mon âme et conscience je crois qu’il faudrait les éradiquer car ils sont parfaitement nuisibles à la mondialisation

  6. ailloud dit :

    il existe un livre avec le meme titre et c est tres interessant de voir comment deja se profile l avenir sans vouloir etre pessimiste mais realiste comme dit gavineau dans sa chanson…….

  7. troisi monica dit :

    bonjour
    tres interessee par votre livre
    pouvez vous me dire si cetains de ces colons venaient aussi d’Italie ,pour arriver sur les plages d’algerie
    j4ai toujours entendu dire ,que pour echapper a la misere les italiens s’enfuyaient sur leurs barques pour echapper a cette pauvrete
    cordialement
    monica

  8. LOISEL Michel dit :

    L’esclavage a existé bien avant les musulmans, on ne peut pas le nier. Pendant la période barbaresque il y avait à Alger une congrégation dont le fondateur est Saint Jean de Mata, les Trinitaires, qui rachetaient les esclaves chrétiens. Quant à la traite des noirs, les négriers achetaient les esclaves aux arabes et aux tribues noires qui faisaient des razzias dans toute l’Afrique, ce qui n’excuse pas l’utilisation de ces personnes à un sort déplorable. Les responsables ne sont pas toujours ceux que nous croyons

  9. Nadia NOUK dit :

    ma trisaieule etait une captive blanche avec de magnifique yeux verts. L aieul l èpousa, en fit sa freferée et elle eut 6 enfants metissés qui la vénerèrent jusquà la fin de sa vie dans la ville de Rabat. Elle fut heureuse et respectée. Beaucoup de captifs eurent ce sort, ceux qui n ont pas éte échangés contre rançon furent parfaitement intégrés. Ne jugez pas une époque par rapport á nos jours. Des pirates et des corsaires, ils y en a eut sous toutes les mers du monde. Autour du bassin mediteranéen. le brassage des races humaines a éte un des plus fort du monde. Nous sommes tous des sangs mélés, n en deplaisent à certains.

  10. Vincent Lajaro dit :

    Mais Nadia vous êtes en train d’évoquer les aspects positifs de l’esclavage ! C’est là une bien rude tâche. Comment justifier l’injustifiable ! Quant aux rapts d’hommes ou de femmes étrangers, à la même époque, sur le sol français, cela n’a jamais existé. Je ne crois pas que notre but soit de condamner qui que ce soit pour des faits remontant à des lustres. Notre but est d’établir une certaine vérité quand certains voudraient jouer les donneurs des leçons.

    Vincent Lajaro, pied-noir.

  11. richard dit :

    tres interessant il faudrait eduquer des gens comme le tres sinistre dieudonne et lui donner des cours d’histoire car avant de cracher son antisemitisme il devrai savoir de quoi il parle

  12. Nolasque dit :

    Je viens de tomber par hasard sur cet article et il se trouve que je suis moi même concerné car j’écris actuellement un mémoire sur le rachat des captifs à Tunis.
    Je voudrais simplement apporter quelques précisions de vocabulaire. Je ne pense pas qu’il soit pertinent d’employer le mot « esclave », je préfère de loin celui employé par Michel Fontenay « captif ». En effet, il y a ici deux réalités différentes qui ont toutes deux existées. Alors qu’un esclaves est détenu pour sa valeur d’usage, le captif l’est pour sa valuer d’échange. La raisonnement est totallement différent de la traite Atlantique. De plus, le marché des prix se trouve faussé puisque les acheteurs se trouvent du même coté que la « marchandise ». Bien sûr, l’ouvrage de Davis est une référence, mais je vous conseille celui dirigé pr KAISER W(dir), Les réseaux d’intermédiaires dans le rachat des captifs en Méditerranée, EFR, 2008.
    Pour répondre à la question de Monica, la plupart des captifs de Tunis provenaient en raison du resserement géographiques des prises de la course barbaresque d’italie, et principalement du royaume de Naples au tournant du XVIIIe siècle.
    J’ai moi même une question : Pouriez vous m’indiquer les sources des iconographies sur le site, cela me serait très utile pour illustrer mon travail. Merci

  13. Christian dit :

    J’ai bien envie de comprendre que tout cela permettra d’excuser les esclavagistes dont des descendants sont parmi nous. Je suis noir et je ne suis pas complexé par cette partie de l’Histoire où de très bons forgerons referont le monde en reveillant les captifs, les esclaves et les maîtres d’hier.A qui, veulent les démons de la haine qu’il soit pardonné ces choses – là? Les noirs ont été pendant longtemps des esclavagistes,les arabes aussi, les européens également. A un moment, tous sont devenus esclaves ou captifs.Il faut se moquer du criminel qui meurt de mort naturelle.

  14. berbere dit :

    je cherche livre d’histoire des berbere kabyle en algerie et je cherche aussi l’histoire vrais de mon beau pays algerie et mérçi

  15. LIERRE dit :

    Au fil des mails je lis métissage, honte, etc …
    Un enlèvement reste un enlèvement et un acte de barbarie, quels que soient les motifs qui le dictent.
    Le faits concernant une personne enlevée et violée et qui n’a plus le choix concernant sa propre existence témoignent de l’ignominie la plus totale ou le sordide cotoie l’abject. Sans parler du traitement reservé aux enfants chrétiens qui pour certains n’ont eu que le « choix » entre la servitude ou bien la sodomie, pratique il est vrai répendue en certaines contrées. De tous temps les femmes blanches et blondes de preférence ont été les plus recherchées et le fait de les enlever puis ensuite d’en abuser sexuellement était consideré comme faisant partie du djihad. Que sont devenues les 800 personnes femmes, hommes et enfant enlevées en Islande au 17 eme siecle ? Ont t’ils pareticipées à la constuction des palais royaux au Maroc qui ont été construits par les esclaves chrétiens ? sont t’ils morts d’épuisement ou de mauvais traitements ? combien de fois les femmes ont été violées dans les harems ? Ne cherchons pas d’excuses ou de repentance pour ce que nous avons fait et soyons fiers des evènements comme la conquete de l’algérie qui mit la fin à la piraterie ou bien des batailles de lépante ou de navarin. Le bombardement d’Alger au 17e siecle à failli raser la ville mais n’en n’a pas réussi à mettre fin à la piraterie. En d’autres termes un être humain n’est pas à vendre et il ne faut pas croire que le fait d’être esclave et de mettre des enfants au monde sans avoir choisi son compagnon est un état normal témoignant d’un quelconque libre-arbitre. N’oublions pas non plus qu’en 1914 les turcs furent alliés des puissances centrales, confirmant ainsi leur attachement à l’obscurantisme et au totalitarisme.

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