GAZETTE de LA-BAS

Nouvelles de là-bas et d’ici

L’accueil

Classé dans : évènements d'Algérie,histoire — 27 septembre, 2007 @ 19:10

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« Imaginez… Demain vous partez !! Derrière vous la maison, les voisins, les odeurs ; le stade, l’église et le cimetière ; la couleur de la terre, de la lumière et sur ce banc votre premier baiser.. Il ne s’agit pas de déménager mais bien de se couper en deux.

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..

C’est à Marseille que les Français se mirent à comprendre ce qui se passait
véritablement puis à Toulon, à Nice, dans tout-le Midi.       

Immaginez qu’après  un départ en catastrophe, venant d’échapper aux tueurs du FLN, vous arrivez à Marseille . Enfin vous dites- vous et sur les digues du port vous voyez en grandes lettres, ecrit par les dockers: Pieds-noirs, on ne veut pas de vous .Repartez dans votre pays. Pensez à ceux qui étaient venus délivrer la France en 1944, à ceux qui avaient perdu un fils lors de cette guerre et qui lirent cette phrase.

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 A l’aéroport de Marignane, et sur le port de la cité phocéenne – où l’on avait installé des L'accueil dans évènements d'Algérie accueil41baraquements improvisés -les Européens d’Algérie débarquaient par dizaines de milliers. Le flot des rapatriés était ininterrompu. Tout un peuple se déversait, fuyant  » le FLN qu’on allait trouver à sa porte » (c’était l’expression d’alors), emportant dans sa fuite quelques valises, et pour les plus chanceux, des meubles ou une voiture.

Les  » métropolitains « , comme on disait alors, découvraient sidérés un des plus incroyables exodes de l’histoire européenne: le transfert d’un million de Français qui, pour la plupart, n’avaient jamais mis les pieds dans l’Hexagone, sauf pour se faire tuer en plus grand nombre que les autres durant les deux grandes guerres. Personne ne les attendait, et surtout pas de Gaulle ou le gouvernement Pompidou, qui durant le Conseil des ministres de mai et de juin 1962, estimait que  » quelques dizaines de milliers de rapatriés  » seulement quitteraient acc331 dans histoirel’Algérie -cécité politique ou cynisme absolu , sur ce point les historiens n’ont pas tranché -. La quasi- totalité de la communauté européenne quitta sa terre natale, et on connaît la suite.
L’accueil ne fut pas chaleureux ..

Il sera le plus souvent laissé à l’initiative de bonnes volontés

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Il convient de situer dans le cadre de ce chapitre quelques commentaires et réflexions formulés par certains- ministres gaullistes en fonction à l’époque de l’exode pied-noir, qui laissent planer un doute sérieux quant au niveau de leur QI.

Louis Joxe s’est permis de déclarer, nous le savons, qu’il ne fallait surtout pas permettre aux Pieds- Noirs de s’installer là où ils le voulaient.

 Nous étions, d’après lui, de la « mauvaise graine », qu’il valait mieux disperser

Marseille, 1962. Un rapatrié et sa légion d’honneur encadrée. .un_rapatrie_et_legion_dhonneur

Le ministre Boulin, avec un sérieux incroyable, n’a pas hésité à affirmer, en juillet 1962, que nous retournerions en Algérie après une « période de vacances ». Car, pour lui, notre déracinement n’était qu’une villégiature.

Un petit bol d’air sur la Cannebière et sur la Promenade des Anglais, puis nous retournerions à Bab-El-Oued, à Aflou ou à Tebessa!

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A l’évocation de ces deux anecdotes, riches avant tout d’une imbécillité tragique, nous songeons, avec délectation d’ailleurs, à une réflexion du général Massu.

Celui-ci, au mois de janvier 1960, a déclaré au Président de la République Charles De Gaulle:

« Vous êtes entouré d’une bande de cons, mon général! »

Et De Gaulle de lui répondre avec sérieux et une conviction évidente: «Je sais Massu

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Aucune réaction d’amour ou même de simple sympathie envers notre peuple.
Tout au contraire, parfois des réactions de haine. Comme à Sète, comme à Marseille. Où des autorités municipales ont invité les populations locales à rejeter les Européens d’Algérie à la mer. Toutes ces réactions étaient la traduction évidente d’un vide sentimental absolu, qui n’était rien d’autre, en réalité, que le reflet d’un vide idéologique profond.
Ils n’avaient pas, comme nous, vécu ce rêve merveilleux. Le rêve de la grande France.
La France vecteur et pilote de culture, de civilisation.
Non, ce rêve ils ne l’ont pas connu, englués qu’ils étaient dans la fausse quiétude du gaullisme moralisateur et triomphaliste

Extrait de :L’islamisme dans le guerre d’Algérie de Yves Pérez

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                                                                                acc91.jpg                          2007111718183126_Quicklook-original Des centaines de milliers de pieds-noirs se sont retrouvés à Marseille où des associations comme la Croix-Rouge se sont substituées à un État défaillant pour les accueillir.Photos Archives La Provence                                                   pochoirfrise104.jpg Extraits de Paris-presse l’intransigeant  » Dernière heure  » jeudi 26 juillet 1962 l299xh191defferrepiedsnoirs056c1.gif

Dans le même temps, à Marseille, les événements prennent un tour dramatique pour les réfugiés. Le 29 juin, un mouvement de grève s’est déclaré sur le port. Les marins et officiers réclament une hausse des salaires, le paiement des jours fériés, une indemnité de fin de carrière, un 13ème mois, une allocation supplémentaire d’ancienneté, une relâche d’au moins 18 heures dans les ports entre deux voyages. Les armateurs refusent. Les bateaux à destination de Marseille sont détournés sur Toulon.

D’autres navires sont alors réquisitionnés pour effectuer des aller-retour Toulon – les ports d’Algérie. Des vaisseaux militaires seront même amenés à transporter les Européens fuyant l’Afrique du Nord.Toulon devient alors le port de transit des repliés.

Le 30 juin, trois bateaux détournés, en provenance de Philippeville, d’Oran et de Bougie débarquent à l’Arsenal 3.326 personnes et 208 voitures.

Le 1er juillet ce sont 622 passagers, le 2 juillet 960, le 3 juillet 840, le 4 juillet 1700. Le 5 est une journée

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Le Ville de Marseille

acc111mais le 6 juillet ce sont 576 réfugiés de confession musulmane (en fait les premiers harkis) qui descendent du Phocée et 23 Européens arrivés sur un navire de guerre.

Le 9 juillet, le porte-avions La Fayette accoste avec à son bord 2500 personnes originaires d’Oran et Mers El Kébir.

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L’arrivée du « KAIROUAN » qui ramène en un voyage, le 25 juin 1962, 2630 personnes

Documents extraits de « 1962 L’exode » cliquez

Pourquoi cette haine ?  Que leur avions-nous fait ?

 » Ne laissons pas les repliés d’Algérie devenir une réserve du fascisme » François BILLOUX, député communiste (Juillet 1962)

Le pire pour les Oranais et les Harkis était à venir

Le massacre du 5juillet(cliquez)  oran18   retour fleche_064   

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34 commentaires »

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  1. tristan dit :

    savez vous combien d’algeriens on peris pendant la guerre? 1.500.000 je pense que dans chaque famille algerienne il y’a eu au moin une perte. alors je pense que le chifre de 2000 a 2500 est bien mince compare a 1.500.000. oui l’algerie avait aquis son independance. mais a quelle prix.
    je pense aussi que tout aurait ete differant si la france n’avait pas utilise la violence envers les algeriens a ce moment la, et l’OAS a juste fait qu’agraver les choses. c’est umpeut normal que les algeriens ne voulaient plus d’aucun suporter de l’algerie francaise ou de l’OAS apres la guerre.
    c’est dommage parce qu’on aurait tous pu cohabiter ensamble et en harmonie.

  2. tristan dit :

    Ce qui est encore plus scandaleux, c’est que certains personnages qui ont fait parti de l’OAS et qui ont meme pratique la torture dans ce pays, sont devenu aujourd’hui des hommes politiques en france, sans compte les belles affiches avec la france recouverte du drapeau algerien et un slogan non a l’islamisme, alors que la marseillaise soit siflee ne m’etonne pas vraiment…

  3. Vincent Lajaro dit :

    Tristan, tu n’as pas l’air de savoir que les combattants de l’OAS ont été eux-mêmes victimes de la torture. La torture a été avant tout pratiquée par l’armée française. Et l’OAS était très disparate. On pouvait trouver d’anciens communistes, des idéalistes, des royaliste, des fachos et des racistes. L’OAS était composé que de gens qui voulaient garder l’Algérie dans le giron français. J’en ai connu certains qui n’étaient pas du tout des fascistes.

    Quant au 1,5 millions de morts algériens durant la guerre, c’est, à mon avis, un mythe. Cela fait partie de la désinformation du FLN. Procède à des recoupements avec d’autres guerres. Lis plusieurs historiens et notamment des démographes, même algériens. Il y a eu probablement 400000 morts au grand maximum. Et sur ces 400000 morts il y a eu, selon une vision pessimiste pour la France, 60% qui sont dûs de notre fait et pour le reste, il s’agit du FLN. J’ai d’autres arguments que j’ai déjà énoncés dans ce blog… je t’invite à la lecture.

    Tu n’as pas l’air de savoir que la guerre d’Algérie était aussi une guerre civile. Et les Algériens n’ont pas été tendres envers eux-mêmes.

    Il est à noter que 400000 morts c’est déjà énorme pour une population d’environ 10 millions. De même la morts de 6000 pieds-noirs (avant et après l’indépendance) serait pour la France à hauteur de 360000 victimes. Libre à toi de juger que ce n’est rien.

    Je te rappelle que l’action du FN (à laquelle je n’adhère pas) concernant le drapeau et plus est postérieur au sifflage de la Marseillaise. Il n’y a donc pas de cause à effet. Aujourd’hui, la population est traitée en toute égalité. Et rien à mes yeux ne peut justifier un tel comportement. La France n’est pas le Front National. Et mon pays n’a pas à être insulté de la sorte. Si certains veulent vivre le nationalisme du pays d’origine, libres à eux. Mais qu’ils soient logiques avec eux-mêmes et qu’ils repartent vivre dans ce même pays.

    Vincent Lajaro, pied-noir.

  4. Vincent Lajaro dit :

    Tristan,

    Par contre, s’il y des hommes politiques qui dénoncent l’islamisme (non pas l’islam) j’en suis d’accord. Qu’est-ce que l’islamisme ? si ce n’est le refus de la laïcité, la promotion de la burqua, des horaires spécifiques dans les piscines, les mariages arrangés (pour ne pas dire contraints), les femmes colonisées, etc. Personnellement, je ne veux pas vivre selon le droit coranique. L’islamisme n’est qu’une forme de fascisme. Tritan tu devrais lire « Le village de l’Allemand » de Boualam Sansal pour tout comprendre.

    Maintenant, s’il y des musulmans qui pratiquent leur foi en respectant les lois républicaines, cela ne me pose aucun problème. L’Islam qui introduit la plupart des sourates du Coran par « le Dieu clément et miséricordieux » est aussi une grande religion.

  5. tristan dit :

    Je suis tout a fait d’accord avec vous Vincent en ce qui conserne L’islamisme. je suis tout a fait contre. c’est d’ailleure ce qui a mene l’Algerie a 10 ans de guerre civile dans les annees 90. parcontre de ce qui est de la guerre d’Algerie, je pense qu’il faut blamer tous les partis, que ce soit le FLN, l’OAS et aussi la France. et ne pas s’arreter au FLN seulement.
    Vous dite que les 1.5 million de martyres algeriens est un mythe. qu’est ce qui vous fait dire que les 360 000 martyre pieds noirs ne l’est pas. il ne faut pas croire que ce que l’on veut croire. Mon arriere grand mere etait pied noir. elle est nee et a grandi a Blida. elle est reste apres 1962 et s’est eteinte en 1994. elle n’a jamais pris parti pendant la guerre et est reste jusqu’a la fin de sa vie en algerie sans aucun problem et avec le respect de tout le monde. je pense que si tous les pieds noirs avait agit comme elle ils auraient pu tous rester. et j’en connes d’autres comme mon arriere garnd mere, alors dire qu’on ne voulait pas d’eux est une erreure. c’est peut etre plus l’acharnement a guarder l’algerie francaise qui a mene a l’exode.

  6. tristan dit :

    En passant vous devirez lire le livre sur la villa Susini, vous comprendrez peut etre mieux l’OAS et ce qui a conduit les algeriens a eprouver de la haine envers certains pieds noirs…

  7. tristan dit :

    VOICI UN ARTICLE QUE J’AI TROUVE DANS L’EXPRESS, QUI EST UN JOURNAL BIEN FRANCAIS. ET LA ON PEUT DIRE QUE LE CHIFRE DES PIEDS NOIRS ASSASSINES PENDANT ET APRES LA GUERRE D’ALGERIE ET BEL ET BIEN UN MYTHE Mr VINCENT.
    LISEZ BIEN.

    Algérie 1962
    La vérité sur les massacres d’Oran
    Par Boris Thiolay, publié le mercredi 13 septembre 2006, mis à jour à 16:56 – mis à jour le 25/10/2007

    Combien de pieds-noirs ont-ils été enlevés et tués au moment de l’indépendance, notamment lors des journées sanglantes que connut la grande ville de l’ouest du pays? Un rapport d’historiens – dont L’Express révèle la teneur – va être remis à Dominique de Villepin. Il livre enfin un bilan précis, bien loin des surenchères et de la guerre des chiffres, qui n’en finissent pas d’attiser les rancœurs

    C’est un épisode «oublié» de la fin de l’Algérie française. Une tache sombre dans le processus sanglant de décolonisation. La question des Européens disparus en 1962-1963, après le cessez-le-feu puis l’indépendance algérienne, est une blessure toujours à vif pour les rapatriés et un sujet de polémique jamais éteint, malgré les recherches des historiens. Pour les familles concernées, ce sont des deuils encore impossibles à faire, quarante-quatre ans après les faits. «Cette souffrance, pour nous, c’est comme si elle datait d’hier, car elle n’a jamais été prise en compte», raconte Colette Ducos-Ader, membre du Groupe de recherche des Français disparus en Algérie (GRFDA), une association réunissant des familles et quelques historiens.

    Combien y eut-il, en vérité, de victimes les 5, 6 et 7 juillet 1962 à Oran, quand des pieds-noirs furent kidnappés et assassinés par des soldats algériens et la foule fêtant l’indépendance? Que sont-ils devenus? Combien furent relâchés, et même sauvés par des «Arabes», comme on les nommait à l’époque? Pouvait-on empêcher, au terme de huit années d’une guerre atroce, ce nouveau coup de folie meurtrière, sachant que l’armée française, qui n’avait plus autorité, n’est pas intervenue pour protéger les victimes? De ce trou de mémoire, de cette faille de l’histoire franco-algérienne continuent de sourdre de vieilles haines intactes. Une frange de la communauté pied-noire, travaillée par les nostalgiques de la colonisation et les anciens ultras de l’OAS (Organisation armée secrète), s’obstine à colporter des rumeurs invérifiables et à avancer des chiffres effarants. «25 000 civils français ont disparu en Algérie, dont 3 000 rien qu’à Oran», clament certaines associations. «6 000 à Oran», affirmait déjà en 1967 l’Association pour la sauvegarde des familles et enfants de disparus (Asfed), l’une des premières organisations à se mobiliser. En réalité, ils furent 365 à disparaître à jamais dans l’Oranais, probablement tous assassinés.

    C’est l’une des conclusions d’un rapport qui sera remis prochainement au Premier ministre, Dominique de Villepin, et dont L’Express révèle ici la teneur en exclusivité. Cette étude inédite, commandée par le ministère des Affaires étrangères, s’appuie sur la totalité des dossiers des pieds-noirs disparus en Algérie de 1954 à 1962. Elle a été menée par deux historiens, Maurice Faivre et Jean Monneret – qui a aussi consulté les archives du ministère de la Défense et en a fait un livre, La Tragédie dissimulée. Oran, 5 juillet 1962, chez Michalon – ainsi que par des fonctionnaires de l’Agence nationale pour l’indemnisation des Français d’outre-mer (Anifom). Il est donc aujourd’hui possible d’établir un bilan précis, à quelques dizaines de personnes près, du nombre de civils français disparus pendant la guerre d’Algérie, et en particulier des victimes des enlèvements et des massacres d’Oran.

    Entre le début de la guerre d’Algérie, le 1er novembre 1954, et le cessez-le-feu, le 19 mars 1962, 370 Européens ont disparu et n’ont jamais été retrouvés. Après le 19 mars 1962 et jusqu’en avril 1963, 3 490 personnes ont été enlevées: 1 940 sont présumées décédées, 910 autres ont été libérées et 640 ont été retrouvées vivantes. Sur ce total de 3 860 personnes enlevées, pour l’ensemble de la guerre, on dénombre 430 femmes et une quinzaine d’enfants. Et 2 300 Européens sont demeurés disparus. A titre de comparaison, on estime qu’environ 13 500 civils algériens musulmans ont été enlevés entre 1954 et 1962 par l’armée française, mais aussi par le Front de libération nationale (FLN). Pour ce qui concerne Oran, en ces journées tragiques du 5 au 7 juillet, 453 enlèvements sont répertoriés. Selon les auteurs de l’étude, on connaît le sort de 88 de ces personnes: certaines ont été libérées ou retrouvées, d’autres sont indubitablement décédées. On est loin du «génocide» dénoncé par les associations jusqu’au-boutistes.

    Mais ce fut bien, en 1962, à Oran, un épisode de violence insoutenable, malheureusement prévisible, dans le droit-fil de ces années de guerre. Au crépuscule de l’Algérie française, la grande ville de l’Ouest algérien est le dernier bastion de l’OAS. Alors que l’indépendance devient inévitable, les ultras de l’Algérie française multiplient les destructions, les attentats aveugles, les assassinats. L’OAS a déjà causé la mort d’environ 500 personnes dans l’Oranais. L’écrivaine Andrée Montero, dont le mari et le frère furent enlevés le 25 avril 1962 à Oran, a décrit, dans Le Cri retenu (L’Harmattan), cette marche vers l’abîme: «Dans les deux camps, c’était à qui se massacrerait, s’étriperait avec le plus de haine. [...] Le fossé était devenu fosse, où se perdaient les charniers [...].» Dans ce contexte, les enlèvements de pieds-noirs représentent une forme de terrorisme silencieux, un effrayant «message politique» destiné à les faire fuir. Pour les autorités algériennes, l’alibi est de livrer une guerre sans merci aux partisans de l’OAS. Mais, en réalité, ces enlèvements sont aussi motivés par la soif de vengeance, la jalousie, le banditisme. Alors que les durs de l’OAS ont quitté Oran durant les derniers jours de juin, les Européens les plus modestes, les plus isolés, deviennent des proies faciles que l’on peut dépouiller, rançonner, assassiner. Andrée Montero poursuit: «Vous savez comment se comportent les vainqueurs…»

    A quoi sert de revenir, quarante-quatre ans après, sur cette comptabilité macabre? «Il faut dire la vérité et permettre aux familles de faire leur deuil. Cela rétablit aussi un certain équilibre historique», affirme Maurice Faivre, historien et général à la retraite, qui était affecté au 2e bureau, le service de renseignement, à l’état-major d’Alger en 1962. «Il est bon de rappeler qu’il y eut des morts innocents dans toutes les communautés. Il n’y a pas d’un côté de bonnes victimes, les partisans de l’indépendance algérienne, et de l’autre de mauvaises, les pieds-noirs et les harkis», insiste Jean Monneret, lui-même pied-noir et membre d’associations défendant la mémoire des Européens disparus. «Cette guerre des chiffres est la traduction d’une guerre mémorielle. Chaque communauté s’accroche à des chiffres symboliques et astronomiques», explique Benjamin Stora. Historien spécialiste de l’Algérie, il dénonçait déjà en 1991, dans La Gangrène et l’oubli (La Découverte), l’inflation, au fil du temps, des totaux de victimes, tant en France qu’en Algérie.

    Car, du côté de l’Etat algérien, on n’est pas en reste. Depuis plus de trente ans, le FLN a officialisé le chiffre d’ «un million et demi de martyrs», quand des historiens comme Maurice Faivre l’évaluent aux environs de 153 000. «On reste sur des postures victimaires; on ne parvient toujours pas à sortir de la mémoire pour passer à l’Histoire», poursuit Stora. Cette surenchère continue d’empoisonner les relations franco-algériennes. Et d’alimenter des haines franco-françaises.

    L’Etat disposait pourtant depuis longtemps d’informations sur le nombre global et les circonstances de certaines disparitions. Dès le mois de mai 1963, Jean de Broglie, alors secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes, annonce à l’Assemblée nationale le bilan suivant: 3 080 Européens enlevés ou disparus, dont 18 retrouvés, 868 libérés, 257 tués. En octobre 1963, le même de Broglie reçoit les résultats d’une commission d’enquête menée en Algérie par la Croix-Rouge. Faute d’avoir obtenu l’accès à une vingtaine de camps de prisonniers, l’organisation humanitaire conclut à la disparition certaine de 1 500 personnes. Ce rapport, frappé du délai de confidentialité trentenaire, n’a pas été communiqué aux familles en 1993. Ses résultats n’ont été révélés qu’en 2003. L’année suivante, le Quai d’Orsay rendait publique une liste de 3 689 noms. Elle a été révisée dès juillet 2005: on y a soustrait 1 408 personnes retrouvées, pour parvenir à 2 281 noms.

    Les associations de familles de disparus ont, elles aussi, établi des listes. Depuis longtemps. Souvent de manière approximative. Colette Ducos-Ader, membre du GRFDA, a quitté l’Algérie le 1er juin 1962 pour mettre ses enfants à l’abri. Elle n’y est pas retournée. Quatre membres de sa famille ont été enlevés en 1962. Dont son premier mari, agriculteur près de Blida, qui n’a jamais été retrouvé. Depuis, elle n’a eu de cesse de rassembler des témoignages et des informations sur les disparus. En près d’un demi-siècle de recherches et de recoupements, elle a établi une liste de 4 635 noms. «Je ne prétends pas posséder la vérité, mais je tiens ces documents à disposition pour les comparer avec ceux que détient l’Etat», explique cette femme qui réclame «le droit à la vérité». Elle est bien placée pour savoir que les autorités, françaises comme algériennes, ont caché des informations aux familles, par négligence, omission ou mépris. Exemple: le certificat de décès de son premier époux a été établi à partir d’une déposition reconstituée sur un papier à en-tête de la République française, mais estampillé d’une signature algérienne. La date de décès mentionnée est le 13 juin 1962, c’est-à-dire la veille de son enlèvement… D’autres familles ont reçu le dossier d’un proche disparu. Elles ont découvert que les autorités avaient la certitude du décès, alors qu’elles laissaient planer le doute dans leurs courriers. On a ainsi entretenu espoirs et rumeurs. Et laissé la porte ouverte aux manipulations.

    Destinée à reconnaître les déboires des Français rapatriés, la loi du 23 février 2005 a, de plus, remis le feu aux poudres. Le fameux article 4, qui, abrogé depuis, demandait aux enseignants de mettre en valeur le «rôle positif» de la colonisation, a été ressenti, notamment par les historiens, comme une provocation. Depuis, le traité d’amitié que l’Algérie et la France envisagent de signer est au point mort. Cependant, les 11 et 12 septembre dernier, le rapporteur spécial Jacques Baudot a décidé de visiter, au nom du gouvernement français, plusieurs anciens cimetières et lieux de mémoire européens à Alger et à Oran. Reste que le régime algérien – pour qui l’histoire mythifiée de la guerre de libération est l’un des derniers artifices de cohésion nationale – exige la repentance de la France et dénonce le «génocide» subi durant la colonisation. La France a pourtant, bon gré mal gré, fait quelques pas en exprimant ses regrets à propos, notamment, de l’usage de la torture, ou des massacres de Sétif, le 8 mai 1945.

    La loi sur les rapatriés a aussi remis en selle les nostalgiques de la colonisation et les anciens ultras de l’Algérie française. Quelques députés et certains maires, essentiellement UMP, de grandes villes du sud de la France – Nice, Toulon, Béziers, Perpignan – ont, depuis des années, autorisé l’inauguration de monuments à la gloire de l’OAS. En présence de nombreux élus du Front national et de vieux routiers de l’extrême droite française.

    Aujourd’hui, un autre projet est en gestation à Perpignan. Le Mémorial des disparus d’Algérie devrait être inauguré en 2007, dans l’enceinte du couvent Sainte-Claire, avec l’appui politique et financier de la municipalité. Le lieu devrait comprendre un mur de 15 mètres sur 2,5 mètres, sur lequel seraient inscrits «les noms de toutes les personnes disparues entre 1954 et 1963, sans distinction de sexe, d’âge, d’origine ou de confession». Traduire: les personnes disparues du fait de leur attachement ou engagement aux côtés de l’Algérie française. Cette stèle devrait être financée par une souscription. Combien de noms pourraient y figurer? «Environ 3 000 pour les civils, 340 pour les militaires. Pour les harkis, on n’a pas de chiffres, mais certains parlent de 150 000», réplique Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste des Pyrénées-Orientales, l’association à l’origine du projet de mémorial. Or les historiens français estiment que l’abandon puis le massacre des harkis ont fait entre 55 000 et 75 000 victimes. Autrement dit, à Perpignan, on graverait dans le marbre des chiffres fantaisistes, amplifiés, falsifiés. «On ne peut pas passer sous silence un génocide», clame Suzy Simon-Nicaise, qui a quitté l’Algérie en 1962, avec ses parents, à l’âge de 8 ans. «Des gens victimes de massacres réels avancent des chiffres toujours plus hauts pour se réclamer d’un génocide, commente l’historien Claude Liauzu, spécialiste de la colonisation. Rendre hommage à ses victimes est légitime, mais calquer sa souffrance sur le “modèle” de la Shoah est invraisemblable. Derrière ce mur des disparus, on pressent un lobbying politique d’associations qui veulent réhabiliter l’action de l’OAS.»

    Maurice Halimi, adjoint au maire de Perpignan, jure que le contenu scientifique du mémorial sera soumis à des historiens incontestables: «Si nous ne parvenions pas à un consensus et à une vérité arithmétique, nous reviendrions à un mur sans noms, avec un simple rappel des événements.» Certains, à gauche et surtout à l’extrême gauche, réclament l’abandon du projet. Mais Perpignan «la Catalane» – comme aime la dénommer son maire, Jean-Paul Alduy (UMP) – ville de 120 000 habitants, a accueilli entre 15 000 et 20 000 rapatriés d’Algérie dans les années 1960. La municipalité a érigé la question identitaire en modèle de gestion. «Depuis que Jean-Paul Alduy est maire, le vote Front national est passé de 37 à 16,1%», se félicite Maurice Halimi. Il est vrai que Pierre Sergent, ancien conseiller municipal, et qui fut élu député du Front national dans les Pyrénées Orientales en 1986, était un ex-officier passé à l’OAS. Certains de ses compagnons de route n’ont pas abandonné le combat.

  8. Vincent Lajaro dit :

    Tristan, cet article est formidable et je crois que l’on va tomber d’accord. Pour le moment j’écris sans trop de recul mais j’y reviendrais.

    Tout d’abord je n’ai jamais dit qu’il y a eu 360000 victimes pieds-noirs durant la guerre d’Algérie j’ai écrit qu’il y en a eu 6000 par rapport à l’article j’ai donc fait une erreur de 700 (mais tous les historiens ne sont pas d’accord). Selon l’article il y a eu 2300 disparitions pures et dures après l’indépendance auxquelles il faut rajouter les quelque 3000 morts (non disparus)avant l’indépendance.

    Les 360000 je l’ai obtenu en faisant 6000×60 car il y a aujourd’hui 60 millions de Français. Je voulais montrer le préjudice des pieds-noirs à l’image par exemple de l’ensemble de la population française. Il n’y avait à l’époque qu’un millions de pieds-noirs.

    Par ailleurs, j’ai écrit que les victimes algériennes du fait de l’armée française s’élevaient à 400000×60% soit 240000 personnes et dans cet article on ne relève que 153000 victimes et non pas les 1,5 millions annoncés par Houari Boumédiene. Donc oui, j’adhère totalement à l’article. Mais j’y reviendrai car j’ai peur d’avoir lu trop rapidement.

    Je te remercie de cet article Tristan et je vais le garder précieusement dans mes archives.

  9. Vincent Lajaro dit :

    Tristan,

    j’aimerais revenir sur certains points. Tu évoques la villa Susini qui était un lieu de torture et tu peux en être indigné à juste titre. Mais de mon côté, je pourrais évoquer l’assassinat du gardien du stade de Mers-el-Kébir (si j’ai bonne mémoire), de sa femme et surtout de ses deux jeunes enfants. Sais-tu comment ils morts ? Va sur Google pour trouver la réponse. Je n’ai pas le courage de décrire leur mort.

    Tous les deux, nous pourrions inlassablement citer nos martyrs. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agissait d’une guerre où tous les hommes avait perdu le sens commun. Il faut tout de même finir par avancer sur une autre voie que la haine et la rancune. Pour ce qui est du FLN, je suis d’accord pour les considérer comme des résistants, s’ils se sont battus face à l’armée française et s’ils en sont morts, je les considère même comme des héros. Et le résistant mort sous la torture peut être cité comme martyr, tout comme Jean Moulin sous la torture des Allemands. Mais ceux qui n’ont tué que des innocents sont des assassins. Comment appelles-tu de ton côté un officier français qui a pratiqué la torture. Tu dois utiliser, je pense, le terme de tortionnaire et non pas celui de capitaine. Mais je reste étonné du terme de moudjahidine ou combattants de la foi car enfin, la France, malgré tous ses défauts, ne vous a jamais empêché de pratiquer votre foi.

    Ton arrière grand-mère qui était restée en Algérie était-elle entourée d’un famille de maghrébins ? Autrement, il y en a que très peu de pieds-noirs qui sont restés là-bas. Si j’ai bonne mémoire, il n’en reste que 500 sur toute l’Algérie. Ce ne sont que des exceptions pour confirmer la règle. Je ne crois pas que globalement il aurait été possible de rester, même sans l’OAS. Il y avait certes un minorité de Maghrébins avec qui cela aurait été possible mais pas en tout cas avec un gouvernement dirigé par le FLN. As-tu étudié le cas des porteurs de valise, ceux qui ont milité avec le FLN en risquant même la prison. La très grande majorité d’entre eux, pour ne pas dire la totalité, est repartie en France. Il leur a été impossible de s’adapter dans la nouvelle Algérie. On ne peut pourtant pas les accuser de racisme, ni de pro-Algérie française puisque c’étaient des anti-colonialistes convaincus.

    Pourrions-nous, pour le cinquantenaire de la fin de cette guerre, retrouver le chemin de la réconciliation ? Il nous reste plus que deux petites années.

    Vincent Lajaro.

  10. tristan dit :

    Je suis tout a fait d’accord avec vous, je suis pour la reconsiliation, et pour que les pieds noirs qui souhaitent revenir en algerie, reviennent. pour ma part ils sont les bienvenues. ils sont a mes yeux aussi algeriens que ceux d’horrigine arabe. et nous devant aujourd’hui mettre une fois pour toute nos differants de cote et passer a une autre etape.
    cordialement
    Tristan.

  11. Birou dit :

    Tout à fait d’accord avec Tristan.Je ne suis pas moi-même pied-noir mais plusieurs membres de ma famille étaient là-bas:Un cousin de mon père et sa femme née à Douera et épousée à Alger en 1940.Ils ont été rapatriés en 1962 et je les ai bien connus. Par contre,le frère de mon grand-père est parti comme instituteur à Bougie. Il a fini sa carrière inspecteur d’académie. Quand il a pris sa retraite, il s’est installé avec son épouse à El Biar, sur les hauteurs d’Alger où ils possédaient une villa. En 1962, ma grand-tante, veuve sans enfants a refusé de quitter « son » pays(elle était née là-bas). Elle est décédée en 1974 ou 1975 âgée de 102 ans. Comme l’arrière grand-mère de Tristan, elle n’a jamais eu de problème après l’indépendance. Mon grand-oncle et ma grand-tante sont enterrés à Alger. Je lance un appel à tous les amis pieds-noirs qui pourraient me conseiller dans mes recherches,et vers où les orienter? A Nantes? Au rectorat? Auprès d’un site qui regrouperait des anciens d’El Biar? Merci à tous. J’aimerais aller en Algérie voir cette terre où des membres de ma famille ont vécu, qu’ils ont aimée et où ils reposent… afin que mes rêves s’appuient un jour sur des images concrètes.

  12. garcia tudela dit :

    vu ce qu’a dit deferre à marseille je pense qu’on a eu notre revanche puisque marseille est pratiquement une ville algérienne et on verra s’ils auront de quoi dans le pantalon pour les refouler
    pour moi bientôt on dira sidi marseille

  13. garcia tudela dit :

    de toute manière vu les atrocités de part et d’autres il n’y aura pas de reconciliation même trois générations suivantes
    on enseigne aux enfants en algérie cette guerre afin de cultiver la haine il suffit de voir ce qu’il se passe actuellement

  14. Vincent Lajaro dit :

    garcia tudela, je crains que vous ayez raison. La réconciliation, je l’ai crue possible mais le FLN n’en veut pas. L’antagonisme entre les deux pays est profitable à son pouvoir. La demande de repentance n’a pas pour but de repartir vers de nouveaux horizons et de trouver un développement en commun. Le seul objectif est l’humiliation de la France ajoutée à une indemnisation sonnante et trébuchante. Et puis est-ce que le FLN est prêt à reconnaître sa responsabilité dans le massacre de quelque trois mille pieds-noirs et de 40000 à 70000 harkis, APRÈS L’INDÉPENDANCE ? La repentance de quoi ? je ne vois pas très bien. Est-ce que les Arabo-berbères vont se repentir d’avoir tenté de coloniser l’Andalousie durant 781 ans ? Est-ce qu’ils vont également regretter les trois siècles de rapines dans la Méditerranée ?

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