GAZETTE de LA-BAS

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L’exode des juifs du M’Zab( 2 )

Classé dans : évènements d'Algérie,histoire,politique — 16 septembre, 2007 @ 17:53

L'exode des juifs du M'Zab( 2 ) dans évènements d'Algérie ghardaia GHARDAÏA

En 1962 les juifs du M’Zab et des territoires de Ghardaïa n’étaient pas français.

Par quelle aberration ? Et personne jusqu’à ce jour ne s’en était soucié.

POURQUOI?

Les décrets du 24 octobre 1870 (Décret Crémieux) et du 7 octobre 1871 avaient accordé la citoyenneté française à part entière aux Israélites indigènes d’Algérie.

Mais par « Algérie » il fallait entendre les seuls territoires géographiques des trois départements d’Alger, de Constantine et d’Oran tels qu’ils existaient à l’époque (1870)
Les territoires sahariens de Ghardaïa et du M’Zab, non encore militairement occupés et pacifiés, n’y étaient pas compris.

Après les funestes Accord d’Evian, les juifs vivant au milieu et en parfaite symbiose avec les musulmans du M’zab et des territoires de Ghardaïa sont paniqués.
Leur affolement et leur panique sont pleinement justifiés.

Depuis un certain temps, de jeunes musulmans profèrent à leur encontre des menaces précises de pillages, massacres, enlèvement de femmes. Les filles sont bousculées dans la rue, les passages juifs insultés, les élèves juifs battus dans les écoles par leurs petits camarades musulmans. Des rassemblements d’individus violents et menaçants regroupés autour du quartier juif doivent être dispersés par les forces de l’ordre.

La renaissance chez les musulmans du racisme et de la haine devient évidente, et des faits précis confirment cette hostilité, par exemple :
- Les commerces des juifs sont boycottés.

- Il est interdit à un musulman d’acheter un immeuble appartenant à un juif.

« Les juifs sont venus nus, ils doivent repartir nus »,dit-on.Les juifs craignent donc de revenir au temps des Kanoun, au statut de Dhimmis.

En outre, ils sont impressionnés par les déclarations faites par Ben Bella début 1962 au Proche Orient, jurant que les troupes de l’Algérie indépendante, estimées à cent mille hommes, se joindront à celles des pays arabes pour anéantir Israël (où 1034 membres de leur communauté ont déjà émigré). Ils ont donc la conviction qu’ils deviendront un jour des otages à la merci des Algériens.

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Ce n’est que le 13 juin 1962, soit trois mois après le cessez-le-feu et vingt jours avant le scrutin d’autodétermination, donc vraiment in extremis que cette population accède à la pleine citoyenneté française. Ceci par un arrêté du ministre chargé des Affaires algériennes paru au Journal Officiel.
C’est grâce à cette mesure que les Juifs du M’Zab, dans leur quasi-totalité, deviennent des citoyens français de statut civil de droit commun et peuvent de ce fait envisager sans obstacles administratifs leur installation dans la Métropole.

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ET CE FUT L’EXODE

L’exode massif d’une communauté aux abois, dans un climat d’affolement total.

L’autorité locale fut sollicitée par des délégations juives de plus en plus pressantes dont la nouvelle accession au statut civil de droit commun français encourageait et laissait espérer l’aboutissement des démarches.                                             

Ils demandaient avec insitance leur évacuation avant le scrutin sur l’Autodétermination fixé au 2 juillet 1962.

Mais allait survenir un problème majeur : ils refusaient d’affronter les 600 kilomètres de route pour rejoindre Alger par crainte d’attentats.

Une solution très urgente s’imposait

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Des démarches furent entreprises à Alger et à Paris et l’Alliance Israélite Universelle joua un rôle déterminant pour obtenir la mise enplace d’un véritable pont aérien de 10 appareils afin d’assurer le départ massif des 900 juifs encore présents au M’Zab .

Un transport direct depuis Noumerat (aérodrome à 15 km de Ghardaïa) à Marseille fut réalisé et échelonné sur une durée d’une quinzaine de jours. 

La dernière  demarche .                                                   

Il restait une dernière démarche qui pour une communauté juive est primordiable : la sauvegarde des anciens livres sacrés

Avant le départ, une forte équipe de jeunes gens procéda, en mai, à l’inhumation des livres,  » écrits sacrés abîmés et inutilisables », qui selon un rite millénaire, avait été enterrés au cours des années ou même des siècles dans des tombes prévues à cet effet dans leur cimetière et cela dans une ambiance de rage contenue et de grande tristesse.

Quant aux objets du culte et surtout aux dix-sept précieuses et souvent très anciennes Torah qui faisaient la fierté de la communauté, ils furent répartis dans certains bagages et transportés avec le plus grand soin.

Sous la protection très discrète de la police et de l’armée, les familles se regroupèrent sur l’aérodrome avec leurs enfants, vieillards, leurs trop nombreux infirmes, sourds-muets, aveugles : la consanguinité des tribus, vivant trop longtemps isolées, avait fait son oeuvre.

C’était pour la plupart de ces braves gens le premier voyage en avion et à destination d’une France que quasi personne ne connaissait.

L’exode fut total au ler juillet 1962, à l’exception de trois commerçants qui espéraient ainsi sauver leur bien mais avaient cependant évacué femme et enfants. Demeurés sans rabbin, sans boucher rituel et trop peu nombreux pour réunir un « Minyan », ils durent eux aussi finalement tout abandonner.

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«Ayant personnellement, en tant que « rapatrié », pu accompagner un de ces convois aériens de Ghardaïa à Marseille, j ‘ai pu constater combien ces pauvres gens étaient choqués, pitoyables, ignorant le sort qui pouvait les attendre.» (Charles Kleinkenecht, Administrateur des Services civils de l’Algérie (E.R.), ancien Sous-préfet de Ghardaïa (Oasis) –

Mais contrairement à la plupart des autres « rapatriés » tout aussi perdus et qui devaient compter sur leur propre volonté pour découvrir l’ organisme susceptible de les guider, les israélites sahariens, particulièrement désorientés et trop fatalistes pour en imposer, ont été accueillis d’une manière exemplaire par les services du Fonds International Juif Unifié, installé rue de la Palud à Marseille, transformé en centre d’accueil.

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Lire  » L’accueil en métropole » rtf dans histoiredocumentdiasporaoualiya.rtf

Sources : Rapport de Charles Kleinkenecht Administrateur des services civils de l’Algérie

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